Saison 2 Ep 13 : Visite de Taormine et randonnée sur l’Etna

Nous sommes arrivés de Grèce le mardi 30 juillet à 14h et avons pris une bouée à Taormine. L’après-midi sera consacré comme d’habitude après les traversées au rangement, à la baignade et au repos. Pendant ce temps, la conciergerie du Yacht Hotel où nous sommes amarrés nous a organisé très rapidement (entre 11h et 15h ce mardi) les deux visites que nous souhaitions pour découvrir la Sicile avec des guides locaux (mais parlant français) : d’abord les vestiges des différents peuplements à Taormine, le mercredi matin, puis le plus haut volcan de Méditerranée, le jeudi toute la journée. Nous avons hâte de plonger dans la culture de cette île que nous ne connaissons que très peu.

Taormine : une ville melting pot

Mercredi 31 juillet le réveil sonne à 7h car nous avons rendez-vous à 9h au terminus du bus à Taormine avec Jerry notre guide pour la matinée. Il faut d’abord rejoindre le dinghy dock (ponton pour les annexes) de la marina et prendre le bus. Le chauffeur conduit très vite sur les routes escarpées et étroites pleines d’épingles à cheveux (oui, oui, même juste au-dessus de la mer, la montée est tellement raide que la route fait des épingles à cheveux). A chaque virage, une nouvelle vue sur la baie de Taormine, l’Etna ou le détroit de Messine se dévoile. Nous ne savons plus où donner du regard et de l’appareil photo. Ce trajet est déjà une découverte émouvante de ce paysage grandiose. Notre guide pour la matinée s’appelle Jerry. Il est un sicilien de naissance et de cœur mais très polyglotte car il a travaillé beaucoup pour les américains qui avaient des bases militaires sur l’île. Il habite Taormine et va nous faire partager sa passion pour sa ville et ses histoires.

Tout d’abord nous montons vers la porte de Messine qui marque l’entrée Nord-Est de la ville. Du côté Sud-Ouest c’est la porte de Catane et entre les deux le Corso Umberto I, la grande artère piétonne de la ville. Ce sont d’abord les grecs qui ont fondé la ville, ils ont construit un magnifique théâtre au sommet du promontoire rocheux dans une cuvette naturelle avec une vue magnifique sur l’Etna et la mer en contrebas. Pour les grecs le théâtre était un moyen de se connecter aux Dieux en admirant d’abord la nature. La pièce était un moyen de sublimer cette contemplation pour élever l’esprit des citoyens. Il n’y avait donc que des gradins et la scène était au niveau des gradins les plus bas. Il n’y avait pas de mur au fond la scène. Les spectateurs regardait la pièce avec le paysage en arrière plan. Et quel paysage dans ce théâtre qui est à cause de lui (grâce à lui) un des seul théâtre qui n’est pas orienté vers l’Est et le soleil levant. Le paysage composé par l’Etna surplombant la magnifique baie de Taormine face à la cuvette tournée vers le Sud était trop beau pour ne pas s’en servir tel quel ! Ce théâtre était immense et pouvait contenir jusqu’à 5400 spectateurs.

Par la suite les romains ont chassé les grecs et ont réaménagé le théâtre en fonction de leurs idées. Pour les romains le théâtre était un moyen d’occuper le peuple et de lui montrer la puissance du pouvoir de Rome en organisant des jeux féroces et des combats. Ils ont donc fermé la vue par un haut mur et abaissé la scène de 5 mètres pour orienter le regard des spectateurs vers les combats de fauves et de gladiateurs et non vers le paysage et l’élévation de l’âme qu’il procure. Ils ont également installé un système de voiles d’ombrage très ingénieux qui laissait passer le vent et pouvait se déployer ou se replier à volonté. Cela permettait de prolonger les spectacles en dépit du soleil. Il fallait éviter les révoltes des peuples occupés. En tout cas, c’est la théorie de Jerry pour nous expliquer l’histoire des modifications du site et cela nous paraît assez cohérent avec le site et ce que nous savons des cultures grecques et romaines. Nous invitons les spécialistes à nous faire leurs commentaires sous l’article pour enrichir la discussion !

Nous redescendons du théâtre vers l’emplacement du forum qui se trouvait au croisement entre l’axe des deux portes et la rue qui descend du théâtre. Non sans avoir goûté une spécialité sicilienne, le granité au citron que les siciliens mangent au petit déjeuner avec une brioche.

Juste après avoir traversé l’axe principal, derrière une église, nous découvrons une autre ruine romaine : l’Odéon de Taormine. Il s’agit d’un beaucoup plus petit théâtre (900 places assises quand même) pour les riches patriarches romains qui voulaient des spectacles de danse, de musique ou de théâtre, réservés donc à une élite réduite, d’où la plus petite taille de l’édifice. Il a été construit sur un temple grec dont on voit encore le dallage en marbre alors que les romains construisaient en briques et béton. Et par-dessus les vestiges romains, il y a une église du XVIIème siècle… plus de 2000 ans d’histoire sont superposés dans cet petit espace !

En ressortant nous tombons sur un palais normand et maure (encore d’autres envahisseurs, dont ceux qui apportèrent la brioche… les normands) qui abritera bientôt un musée archéologique. Nous parcourons les ruelles étroites et animées et Jerry qui connaît tout le monde nous fait goûter les spécialités à base de pistache : sorbet et glace surmontés de pistaches de l’Etna.

Nous apprenons l’origine des symboles de la Sicile, tout d’abord le symbole avec 3 jambes et une tête au milieu, qui figure au centre du drapeau sicilien. Les 3 jambes représentent les trois caps de cette île triangulaire. La tête au milieu est celle de Méduse qui était réputée changer ceux quelle regardait en pierre (métaphore de l’Etna qui crache de la pierre liquide). La tête est entourée d’épis de blé qui sont le signe de la fertilité des terres, grâce au volcan la Sicile a longtemps été un grenier pour l’empire romain. Les deux couleurs du drapeau représenteraient d’après Jerry la lave du volcan et le blé des champs (nous en auront une autre interprétation sur les flancs de l’Etna).

Le porte-bonheur sicilien est la pomme de pin, on en trouve des sculptures partout, dans toutes les matières et de toutes les couleurs. Enfin, un autre objet pittoresque : les têtes de maures – pot de fleurs en céramique revêtu de deux visages en souvenir d’une légende locale où une femme sicilienne poignarda puis lui coupa la tête de son amant maure afin qu’il ne la quittât jamais (elle n’avait découvert qu’après un certain temps l’existence de son harem…), et y planta du basilic en guise de couronne (du grec basileus : roi). Ainsi, malgré son acte terrible, elle continuerait à prendre soin de son bien-aimé comme s’il était son roi. Les signes mauresques sont très présents dans les boutiques de souvenirs et nous y voyons beaucoup de mannequins / poupées aux habits maures.

Nous finissons la visite dans le jardin botanique créé par une anglaise du XIXème siècle passionnée d’oiseaux et de plantes exotiques. Magali, Jerry et les enfants dissertent des différentes essences que nous y retrouvons. Nous profitons de l’ombre des grands arbres pour nous rafraîchir avant de demander à Jerry de nous indiquer un restaurant typique.

Nous parcourons alors la ville du Nord-Est au Sud-Ouest, à la découverte de différentes adresses, la fromagerie où l’on peut manger sur le pouce, le fast food typiquement italien où Jerry nous indique les arrancini, boules de riz fourrées et panées typiquement siciliennes, et où l’on trouve de la pizza « A taglio » (à la part) et les restaurants plus traditionnels. Jerry en profite pour nous faire découvrir la rue principale avec la rue la plus étroite de Taormine (en photo ci-dessous) et la place en belvédère sur la baie de Taormine.

Nous finissons par choisir le restaurant type fast food où nous dégustons arrancini, pizza et tourtes typiques. Pour compléter ce déjeuner, nous prenons évidemment… une glace dans une gelateria artisanale entre les boutiques de luxe et celles de souvenirs qui se mélange étrangement dans la rue principale où les boutiques Dior et Louis Vuitton cotoîent les vendeurs de chaussettes griffées de l’Etna…

Ce fut une visite passionnante grâce à l’amour de Jerry pour sa ville et sa culture. Elle devait durer 2h30 de 9h à 11h30 et nous avons fini presque à 13h et nous sommes rentrés au bateau passé 16h30, après un kilomètre de marche supplémentaire car nous avons laissé passer l’arrêt de bus au retour, ce qui nous permet de trouver la laverie automatique qui sera bien utile en fin de semaine. De retour au bateau, nous nous reposons car nous avons marché plusieurs kilomètres et nous ne sommes plus habitués. D’autant plus que demain nous allons à nouveau marcher sur l’Etna.

Nous marchons sur un volcan actif !

Le lendemain, Jeudi 1er août le réveil sonne à nouveau à 7h car un 4×4 nous attend à 8h30 au dinghy dock. Antoine a organisé avec la conciergerie une excursion sur l’Etna en 4×4 avec un guide en français. Nous retrouvons notre guide, Alessio, très ponctuel à l’heure du rendez-vous. Il nous apprend qu’il est moitié sicilien moitié suisse. Il a gardé le côté suisse pour le respect des horaires et heureusement, nous étions également très à l’heure, impatients de découvrir le volcan. Après nos premières expériences en bus, nous nous installons dans la voiture et partons en direction de l’Etna par l’autoroute, on continue à appréhender la conduite sicilienne acrobatique et sonore. Après la sortie de l’autoroute, notre véhicule grimpe par une belle route sur les flancs du volcan le plus haut de Méditerranée, qui mesure plus ou moins 3360 mètres plus ou moins selon les dépôts et effondrements de lave au sommet. La végétation est beaucoup plus luxuriante que vers Taormine, et nous voyons de nombreuses vignes et de la forêt abondante. Le dernier petit village est à 1800 mètres car après il y a trop de risque de destruction et il est interdit de faire de nouvelles construction (sauf exception pour les refuges). Des coulées de lave au fil des quelques milliers d’années d’existence du volcan ont détruit des quartiers jusqu’à Catane mais ne font pas de victimes car la lave avance doucement à environ 6 mètres par heure, donc les habitants ont le temps de se déplacer. Comme dit Alessio, quand la coulée arrive, on a le temps de finir de déjeuner, d’aller passer un week-end chez la belle-mère, de partir de vacances, et de revenir, avant de devoir évacuer ! C’est un volcan très italien, piano, piano…

Alors que nous traversons une forêt de chênes et de pins, nous croisons une première coulée de lave récente (mais refroidie et solide, la route a même été reconstruite au travers) et, surprise, ce n’est pas du tout un sorte de rivière bien lisse et plane mais plutôt une sorte de tas de pierres grises de tailles variées, prises dans une masse de ce qui semble être un tas de cailloux noirs au relief torturé…

Bientôt, nous quittons la route principale et bifurquons dans un sentier privé appartenant à la société du guide. Nous sommes bien remués car le chemin est très caillouteux. En fait, il s’agit de coulées de lave plus anciennes (car tout est coulée de lave sur le volcan, nous commençons à peine à le réaliser) et les coulées de lave ne sont pas lisses comme on le pensait mais très torturées suite à la solidification de la lave et des gaz qui explosent en refroidissant … heureusement que nous sommes en 4×4 ! Nous sortons de la forêt et remontons directement sur la coulée que nous avons traversée plus bas. Alessio est très concentré pour ne pas crever ses pneus sur les cailloux tranchants qui dépassent du sol.

Nous faisons une halte près d’une ancienne maison à moitié recouverte par la coulée de lave de 1997. Et nous allons marcher sur cette coulée de la vallée del Bove : le paysage est lunaire, seulement du gris foncé recouvert de lichens blanc (premier colonisateur) et parsemé de quelques herbes comestibles (du rumex) que mangent les chèvres locales et les enfants (Martin et Mathilde adorent cette plante au goût d’oseille). Nous escaladons des collines de lave, la cendre volcanique crisse sous nos pas, c’est une sensation unique et très différente du sable.

En réalité, la masse de cailloux noirs entre les roches de la coulée que nous avons vue est en fait constituée des cendres émises par le volcan, qui se présentent sous forme de petits cailloux noirs très cassants. Plus on s’éloigne du volcan plus le diamètre en est petit. Dans la vallée del Bove, ils ont la tailles de gros petits pois.

D’après Alessio, c’est d’ailleurs un des seuls « inconvénients » de ce volcan qu’il appelle « la Mama » comme les siciliens car c’est une source de bienfaits foisonnants. Enrichissement des sols, pierres, glace et maintenant tourisme. A chaque éruption de l’Etna, le côté sous le vent est recouvert de petits cailloux, de la taille de grains de sable, à bonne distance du volcan, voire plus petits, qui sont les cendres éjectées qui retombent plus ou moins loin en fonction de leur taille. Elles s’accumulent et doivent être nettoyées régulièrement, avec méthode pour ne pas rayer les surfaces car elles sont très tranchantes.

Placés comme nous le sommes au milieu de ce paysage minéral, nous voyons bien la forêt que la coulée a traversé laissant ça et là quelques oasis qui ont été miraculeusement protégée de la coulée et forment des taches vertes au milieu du gris du paysage. Nous voyons également des rochers autour desquels la lave semble avoir coulé sans les déplacer. Alessio nous explique qu’il s’agit des bouchons de basalte de cratères plus anciens. En effet, sur l’Etna, chaque cratère ne sert qu’une seule fois, une fois qu’il a craché sa lave et que la pression a diminué, la lave restante se solidifie au fond du cratère et forme un bouchon de basalte extrêmement dense qui ne bougera plus et ne sera que très lentement érodé. Même les coulées de lave le contourne ensuite.

Dans quelques décennies ce seront les genêts qui vont pousser sur la lave à la suite des premiers colonisateurs que l’ont observe aujourd’hui. Avec leurs racines puissantes, ils vont fracturer la lave, permettant aux arbres (pins puis chênes) de s’implanter. En quelques centaines d’année, ce sera une forêt dont on ne pourra soupçonner qu’elle a poussé sur une coulée de lave. On n’imaginera plus ce qu’il y avait dessous, mais dans notre tête, nous commençons à comprendre le relief torturé du sol de la forêt que nous avons traversée avant d’arriver ici…

Nous remontons en voiture pour nous diriger vers un refuge de montagne au Nord de l’Etna. Nous y reprenons des forces grâce aux délicieuses tartelettes proposées par les guides. Les cartes des différentes coulées y sont affichées et nous comprenons que les 3 cratères du sommet de l’Etna coulent quasiment tous les ans dans des directions différentes, ce qui fait que la géographie du sommet et son altitude varient en permanence. D’ailleurs, au moment où nous parcourons le volcan, il est interdit de monter au dessus de 2800m (et donc au sommet) à cause des éruptions en cours. Cette interdiction était bien nécessaire car il y aura une éruption avec projection de cendres dès le lendemain de notre départ de Taormine…

Grâce à cette énergie retrouvée, nous allons grimper sur 4 anciens cratères secondaires datant du XIXème siècle. Après avoir garé la voiture à l’ombre au bord de la route, nous traversons tout d’abord une forêt de bouleaux endémiques de l’Etna, au tronc blanc qui tranche sur le sol noir. Malheureusement avec le réchauffement climatique les racines souffrent et le vent les abat de plus en plus. En montant la végétation se raréfie, on ne trouve plus que de l’astragale qui forme des coussins piquants (aussi appelés « coussins de belle-mère », on se demande bien pourquoi…).

Le sol est recouvert de cendres volcaniques noires, rouges (contenant de l’oxygène de fer), jaunes (contenant du soufre) et même brillantes (paillettes métalliques). Parfois nous contournons des bombes pyroclastiques qui sont des sortes de grosses boules de roche projetées par l’éruption (1 à 2 mètres de diamètre). En arrivant sur le cratère, nous passons à côté d’une faille creusée à la suite d’une explosion de gaz. Le puit fait plusieurs mètres de profondeur dans la roche et, tout autour, les rochers sonnent creux car ilsse sont solidifiés autour de myriades de bulles de gaz. L’ascension sur les cratères est stupéfiante. La descente tout autant car nous goûtons à la marche rapide sur les talons dans un couloir de cendres fines.

Avant de quitter ce site, nous achetons quelques souvenirs en pierre de lave fabriqués de manière artisanale. C’est déjà l’heure du déjeuner dans un chalet où nous goûtons les spécialités locales de pâtes et viandes à l’ombre de la forêt.

Nous reprenons la route vers la prochaine découverte, mais avant nous traversons la coulée de lave de l’éruption de 2002-2003 qui a servi de décor au film Star Wars III ! Nous le regarderons le soir pour voir ce qu’ils en ont fait dans le film (en fait, ils ont surtout utilisé les images de l’éruption au somment). La dernière étape est la visite d’une grotte de lave. Alessio nous explique qu’en coulant la lave s’est solidifiée autour mais le centre a continué à couler plus loin laissant une cavité au milieu. Les siciliens utilisaient ces grottes pour stocker la neige de l’Etna, tassée et transformée en glace pendant l’hiver et la revendre en été pour fabriquer le célèbre granité ! A l’intérieur de la grotte, le plafond est recouvert de ce qui semble être des stalactites et qui sont appelées « effusives ». Il s’agit en fait des restes de l’explosion des bulles de gaz autour desquelles la lave s’est solidifiée.

Après cette journée extraordinaire pendant laquelle Alessio nous a fait partager sa passion pour son volcan, nous redescendons au niveau de la mer et allons nous reposer (certains dorment déjà dans la voiture). Nous devons nous préparer à passer le détroit de Messine pour rejoindre la mer Tyrrhénienne dans les prochains jours.