Ce mercredi 14 août Eliot, Louna et Cassandre sont repartis en ferry vers Naples depuis Procida. Ils sont ensuite retournés en train à leur camping et ils ont retrouvé leur voiture avec laquelle ils entament eux aussi le chemin du retour. Après le goûter dans la petite crique au Nord de Procida, agréementé de glaces achetées à un bateau-glacier itinérant, nous mettons les voiles vers les îles Pontines de Ventotene et Ponza.
Le départ se fait dans la brise thermique de fin d’après-midi. Nous tirons des bords sous Code zéro dans un vent globalement d’Ouest, la direction où nous voulons aller. Après un petit bord vers Ischia, nous tirons un grand bord vers le Nord-Nord-Ouest au large de la côte italienne, puis un autre bord vers le Sud pour revenir sur la route. Après le dîner, vers 22h30, le vent tombe tout à fait au moment où nous revenons sur la route directe entre Procida et Ventotene. Nous décidons de mettre le moteur pour terminer la traversée et profiter de l’île le lendemain. Arthur et Alice font un premier quart pendant qu’Antoine et Magali se repose avant l’arrivée.
Ventotene, l’île des exilés
Nous arrivons donc jeudi 15 août à 1h30 du matin sur l’île de Ventotene, la musique de la boîte de nuit nous accueille. Nous mouillons devant le vieux port où les cartes indiquent du sable partout. C’est encore une réserve naturelle, nous achetons un permis pour la journée.
Cette petite île de 3 km de long au milieu de la mer Tyrrhénienne a servi de lieu de villégiature, puis très vite d’exil aux femmes et filles des empereurs romains. La première, Giulia a fait construire une belle demeure à la pointe Nord de l’île et un port entièrement creusé dans les rochers de tuffeau. Pour finir, au XIXème siècle une prison ultra sécurisée de type Alcatraz a été construite sur l’îlot à l’Est de Ventotene. Du bateau nous voyons ses hauts murs. A l’époque de Mussolini, il est ajouté des baraquements sur l’île principale pour des prisonniers en semi-liberté. Notamment Altiero Spinelli et Ernesto Rossi qui écrivirent sur l’île, au printemps 1941, un « Manifeste » pour l’Europe unie qui a contribué au lancement d’un mouvement en faveur du fédéralisme européen… les fondements de l’Europe actuelle.
Le réveil est tranquille : nous faisons un jeu de société et Antoine essaye de remonter le hublot avant … ça semble tenir ! Youpi ! Néanmoins, il ne remonte pas le frein qui ajoute de la contrainte sur les charnières. Le hublot servira ouvert ou fermé, nous testerons le frein une fois de retour à La Grande Motte pour pouvoir faire changer le hublot si nécessaire.


Après déjeuner les parents vont voir en annexe si le mouillage près du port est mieux (plus abrité et/ou plus tranquille) mais ça ne semble pas le cas. On restera à notre place ce soir. Ensuite nous débarquons tous ensemble pour découvrir l’île à pied. Nous arrivons dans le port romain en annexe et pouvons encore voir les bites d’amarrage creusées dans la roche et les abris pour les galères qui sont comme des sortes de garage. Les quais sont les mêmes qu’à l’époque. C’est un des ports romains les mieux conservés. Nous laissons l’annexe au marinero Enrico qui le déplacera selon ses besoins pour qu’elle ne le gêne pas (oui, il faut avoir confiance en cet homme que nous venons de rencontrer) et partons à la recherche d’une glace. Rien sur le petit port alors nous montons les ruelles de l’unique village jusqu’à une petite gelateria cachée dans un hôtel, avec peu de choix mais délicieuse. Ça nous donne des forces pour continuer à marcher jusqu’à la villa Giulia.
Ce n’est pas bien indiqué, même sur le plan du téléphone, alors on se retrouve dans des petits chemins qui débouchent dans des jardins particuliers. Nous traversons très vite et finissons par arriver à la pointe où se trouve les vestiges de la villa (tout est fermé) et le cimetière des prisonniers. Nous retournons vers le village par les rues normales. Nous admirons la place centrale occupée par la mairie-château qui arbore tous les drapeaux de l’Europe en souvenir de Ernesto Rossi. Nous trouvons un petit supermarché qui nous permet de compléter le frigo en produits frais. Et en redescendant nous sommes intrigués par une boutique de souvenirs qui vend des canards en bois peints de costume divers. La vendeuse nous explique que ce sont les porte bonheurs de Ventotene car à l’époque de Giulia il y avait beaucoup de canards sur l’île qui criaient dès qu’un navire approchait. Les marins étaient ainsi prévenu de l’éventuel danger. Nous trouvons le symbole sympathique et nous cherchons un canard pour notre bateau. Nous en dénichons un qui plaît à tout le monde avec son polo marin bleu et blanc et sa casquette de capitaine. Nous lui cherchons un nom : ce sera Roberto James Ventotene.







En route vers Ponza les enfants cuisinent
La soirée se termine par des jeux de société, un jeu de pirates très bien fait dans lequel chaque partie est différente en fonction de la progression dans la partie précédente et une partie de 7Wonders auxquels des amis nous avaient initiés avant de partir.
Le lendemain, vendredi 16 août à 10h nous partons vers l’île de Ponza. Le vent est tranquille, nous déroulons encore le code zéro alors que le vent de Nord ne dépasse pas 5nds. C’est la magie de la combinaison Outremer 45 et Code Zéro. Nous pouvons avancer à 60-70% de la vitesse du vent réel à 60° du vent et donc progresser dans les plus petits airs.
Le vent monte jusqu’à 7nds en tournant vers la droite, de plus en plus au portant, puis redescend à presque rien au moment du déjeuner, toujours en tournant vers la droite (il a maintenant changé de côté et vient presque du Sud). Le grand monocoque anglais de 17m que nous avions doublé sous code zéro nous double alors au moteur en nous souhaitant bonne chance. Antoine prend un cap plus vers l’Ouest car le vent doit continuer à tourner à droite et pourrait bien revenir de l’Ouest à la fin.
Pour le déjeuner Arthur et Alice ont imaginé une recette au thon : une tranche de pain de mie grillé recouverte de guacamole surmontée d’un pavé de thon juste cuit à l’unilatéral et le tout recouvert d’une tranche de pain de mie grillée parsemée de copeaux de parmesan. C’est excellent ! Ils prénomment leur création le « Roberthon » (en l’honneur de Roberto le canard de Ventotene)
Pour le goûter Mathilde nous fait des bâtonnets sablés trempés dans le chocolat noir et décoré de vermicelles. Quelle belle journée cuisine des enfants !



Ponza : l’île aux falaises multicolores
Le vent revient comme prévu Sud-Ouest puis tourne vers l’Ouest en milieu d’après-midi. Nous restons sous Code Zéro et accélérons progressivement, sans avoir allumé le moteur. Vers 16h nous contournons un Secco un gros rocher au milieu de la mer. Nous finissons vent de travers à grande vitesse vers Ponza, en redoublant l’anglais juste en arrivant une heure après devant l’île de Ponza.
C’est une grande île rocheuse : de grandes falaises blanches, rouges, grises, marrons tombent dans la mer. Nous choisissons de jeter l’ancre dans une anse loin de celle du village qui est trop occupée. Cependant nous sommes encore surpris par la foule de petites vedettes à moteur qui sont là. Nous nous mettons à l’écart en attendant que les gens s’en aillent. Au bout de quelques temps nous nous déplaçons tout près de la petite plage au pied de la falaise.
Nous pouvons aller à la nage ou en paddle explorer les rochers. Il y a plein de petits poissons noirs qui nous entourent. Nous passons même sous une arche de pierre qui se dresse devant la plage.


Dans la soirée Antoine découvre les orages violents survenus aux Baléares et en profite pour regarder les prévisions pour notre zone. Et là nous voyons arriver un gros orage au à l’Ouest de l’île. Nous rallongeons la chaîne pour être sûrs de tenir si le vent monte et nous mettons des pare-battages tout autour du bateau au cas où un bateau voisin dérape sur nous. Nous suivons en temps réel l’avancée des impacts de foudre par satellite sur le site Blitzortung et sur la carte radar / satellite de Windy. Et nous voyons aussi des éclairs zébrer le ciel au dessus de l’île comme un feu d’artifice. À 23h tout s’arrête d’un coup. L’orage s’est arrêté juste avant nous. On peut aller se coucher sereinement.

Au vu des prévisions météo qui semblent de plus en plus instables, nous décidons de partir directement vers la Corse sans s’arrêter à Rome (un renoncement de plus mais pour s’assurer deux dernières semaines plus sereines, croyons-nous). Étant donné qu’il y a un temps de Mistral, donc de vent d’Ouest sur la Corse, les bouches de Bonifacio (entre Corse et Sardaigne) canalisent et accélèrent le vent sur une grande distance vers la côte italienne. Nous prévoyons donc de remonter en longeant la côte italienne jusqu’au sud de l’île d’Elbe puis en traversant vers Porto Vecchio. Il est censé y avoir du vent du Nord voire Nord-Est une fois que nous serons arrivés à Elbe, alors que le vent actuel oscille autour du Nord-Ouest… ça aurait dû nous alerter un peu sur ce qui devait nous passer dessus, cette bascule de 90° vers la droite avec renforcement du vent… à suivre
Dernière baignade avant de longer Ponza
Samedi 17 août Antoine se réveille tôt et part pour un snorkeling matinal avant l’arrivée des plaisanciers du week-endn(depuis quelques jours, il a trouvé moyen de rentrer ses lunettes dans un masque « intégral » ce qui lui permet à nouveau d’admirer les fonds marins malgré l’interdiction de remettre ses lentilles de contact). Magali fait de même ensuite. L’eau est claire et toujours aussi chaude, beaucoup de petits poissons se promènent mais aussi plein de méduses. Heureusement avec le masque on les voit bien et elles se déplacent lentement, on peut donc zigzaguer entre. Antoine se fait piquer une seule fois lors d’un virage trop rapide, mais depuis Vulcano nous avons le mode opératoire pour soulager la brûlure : rinçage à l’eau de mer (et pas douce) puis application de savon en mousse et grattage avec une carte de fidélité en plastique. Arthur et Alice vont aussi explorer les rochers mais en paddle.
À 11h nous nous frayons un passage entre les bateaux qui sont arrivés, demandant même à la vedette qui s’était placée juste devant nous de se déplacer. Comme ils sont arrivés après nous, ils se déplacent. Ils commençaient à se rhabiller car des nuages et quelques gouttes apparaissent. Nous longeons les falaises de l’île par le sud. C’est un spectacle géologique toutes ces couleurs de roches entremêlées. À l’extrémité sud de l’île un phare est posé au sommet avec un chemin sinueux qui le rejoint, on se dirait dans les décors du film Harry Potter 7.


Nous disons au revoir à l’Italie et mettons le cap vers la Corse … c’est ce qu’on croit à ce moment là mais vous lirez nos aventures dans le prochain article.



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