Dimanche 22 septembre, nous avons attendu à Collioure, bien à l’abri dans notre bateau sous la pluie, la fin du passage d’un front froid sur le Sud de la France. Derrière ce front, le vent bascule de l’Est au Nord-Nord-Ouest et c’est la Tramontane qui démarre. D’après les prévisions météo, elle doit durer environ 24h et nous pousse donc vers les Baléares, peut-être jusqu’à Minorque à condition de partir dès le début de l’épisode. Pour nous, cela veut dire partir dès 21h ce dimanche soir, sans attendre le jour. Nous devrions arriver en milieu de nuit à Port Mahon, sur Minorque, où nous avons réservé une place de port sur un ponton flottant jusqu’à vendredi (car il va y avoir du vent fort mercredi et jeudi prochain). Nous quittons donc le mouillage dans la nuit noire.

Première partie de traversée express
Le vent étant prévu portant entre 15 et 20 nœuds, nous avons hissé le gennaker roulé avant de quitter le mouillage et nous hissons la grand-voile entière. Antoine a hâte de tester sa nouvelle expérience acquise avec Julien dans les vagues et le vent fort pour mieux apprivoiser le comportement du bateau. Notre seule inquiétude concerne l’état de la mer. Les modèles météo nous annonce environ 1m de vagues venant de l’Est voire Sud-Est, l’ancienne direction du vent et cela pourrait se révéler très inconfortable (mais pas dangereux).
Heureusement, dès les premières minutes, nous remarquons que le bateau passe très bien dans cette mer un peu désordonnée mais pas très creusée. Même une fois sorti de l’abri du Cap Bear, la mer reste raisonnable même si le vent est bien soutenu avec des pointes à 20nds. A certains moment, à l’intérieur du bateau qui fonce à plus de 10nds dans la nuit noire, on ne sent presque plus de secousses et la porte fermée (pour garder la chaleur) coupe presque tout le son. On se croirait sur un tapis volant.
Antoine a pris le premier quart cette fois, jusqu’à 1h du matin voire plus, afin de tester les réactions du bateau et de l’établir dans un mode plus stable pour les quarts de Magali de 1h à 4h et d’Arthur et Alice à partir de 4h du matin.
Heureusement car il n’aurait de toute façon pas dormi car les conditions sont musclées et le bateau est de plus en plus volage sous gennaker dans le vent qui monte au-delà de 20nds. Arrivé vers 23-24nds de vent réel, le gennaker semble avoir un comportement bizarre, il semble que la drisse du gennaker s’est relâchée, comme si elle avait glissé dans le coinceur sous la tension imposée par le vent forcissant.
Comme indiqué dans l’article sur le neuvage, la drisse de gennaker a été remplacée. Elle était initialement en 14 a été remplacée par une drisse de 12mm de diamètre. Cette drisse est assez solide pour résister aux tensions imposées par le gennaker mais comme la capacité des bloqueurs de maintenir une tension dépend du diamètre du bout, il semble que le bloqueur ne puisse pas retenir la tension du gennaker sur un bout de 12mm… Il faudra donc trouver une solution
Antoine reprend alors la tension mais sans voir clairement si elle est suffisante car il fait nuit noire et le vent souffle fort. Comme le vent monte encore, c’est le moment de réveiller Magali et nous décidons de rouler le gennaker. Pour masquer un peu celui-ci, nous déroulons le solent puis nous essayons de rouler notre très grande voile orange. La contre-écoute passe sous la coque et nous constatons aussi que le gennaker semble s’enrouler très mal, en particulier le haut qui fait une poche. Nous décidons donc de l’affaler, il est alors minuit et demie et c’est la nuit noire. Loela fonce à 10nds dans une mer désordonnée, heureusement, les manœuvres filent facilement et nous récupérons le gennaker dans le solent pour l’enfouir ensuite en vrac dans son sac puis dans la soute à voile, pour le moment.
Nous continuons sous solent, avec un barber pour le maintenir bien ouvert et stable, et grand-voile haute, toujours aux alentours de 10nds mais parfaitement sereins quant à la sécurité du bateau pour les prochains quarts. Nous pouvons voir venir une augmentation du vent, même si nous devrions prendre un ris si le vent monte au-delà de 25nds réels.
En revanche, la trajectoire se dirige maintenant vers le sud de la Sardaigne puisque le vent vient du NNW. Il faudra donc tirer des bords au portant, en empannant entre chaque bord. Antoine fait le premier empannage vers 2h du matin, d’autant que le vent forcit lorsqu’on s’éloigne de la côte et faiblit lorsqu’on s’en rapproche. Nous cherchons donc à rester dans un vent optimal autour de 20nds.
Magali prend son quart à 3h du matin et réveille Antoine pour ré-empanner vers 5h du matin. A ce moment, le vent est tombé un peu et nous pouvons imaginer de hisser à nouveau le gennaker pour essayer de défaire les nœuds et poches du début de nuit. Nous roulons le solent pour avoir une bonne visibilité et nous passons quelques longues minutes à rouler/dérouler, dénouer jusqu’à ce qu’enfin le gennaker se déroule complètement.
Pendant la manœuvre, nous avons à nouveau progressé vers l’Est et le vent est remonté à près de 20nds. Pour finir la nuit tranquillement et laisser un bateau facile à gérer à nos deux grands qui feront pour une fois le quart du lever de soleil, nous décidons de rouler à nouveau le gennaker, proprement cette fois. La manœuvre n’aura pas été inutile.

De retour sous solent, Magali continue son quart et réveil Arthur à 6h45 pour prendre un quart matinal. Antoine et Arthur empanne à nouveau vers 7h car le vent est bien remonté, puis encore à 8h. Un peu avant midi, les parents se réveillent, bien reposés. Le vent est tellement tombé qu’il est temps de repasser sous gennaker pour garder un peu de vitesse.
Nous déjeunons d’un plat de lasagnes préparées la veille et chacun se repose tranquillement en lisant, jouant ou regardant la mer. Vers 16h, le vent tourne à droite, nous laissant espérer de descendre plus directement vers Port Mahon, mais en fait, ce sont les derniers souffles de la Tramontane, qui stoppent quelques minutes plus tard, nous laissant sans vent sur une mer légèrement ondulante.
La traversée s’étire en longueur
Nous sommes alors à 60MN de l’arrivée, ayant parcouru deux tiers de la distance prévue en 19h. Bien que nous ne soyons pas très pressés, nous décidons de mettre un peu de moteur (un seul à environ 1500tr/min) pour nous appuyer un peu sur les vagues. Le vent étant supposé revenir par l’Est voire le Sud-Est et pas très fort, le gennaker ne devrait plus servir. Nous le rangeons donc avant le coucher du soleil et le remplaçons pas le Code Zéro qui pourrait bien nous servir en cas de vent faible.
Juste avant le dîner, à la tombée de la nuit, le vent revient comme prévu de l’ESE et nous déroulons le Code Zéro et éteignons le moteur. Nous dégustons la quiche préparée aussi avant le départ puis nous nous préparons pour faire les quarts habituels pour la nuit qui arrive. Cela devrait permettre à Antoine de gérer l’arrivée pendant son quart.
En faisant le tour du bateau avant d’aller dormir, Antoine aperçoit dans le sillage des petites bulles lumineuses. Nous n’avons rien d’allumé à bord et nous comprenons rapidement qu’il s’agit de plancton phosphorescent. C’est la première fois que nous en voyons. Presque tout le monde se réveille pour admirer ce phénomène naturel émouvant. Traces de vie visible dans le sillage, une vie sur laquelle quasiment toute la chaîne alimentaire de la mer , donc quasiment toute la vie, repose !
Dès le début du quart d’Arthur et Alice, le vent monte et nous dépassons la limite du code zéro. En plus, il tourne vers le sud, nous obligeant à serrer le vent, il est temps de rouler le code Zéro puis de virer. Ce qu’Arthur et Alice font avec Antoine. Le vent tournera à nouveau vers l’Est, conduisant à un nouveau virement de bord, effectué en toute autonomie. Pendant le quart de Magali, le vent va à nouveau tourner et faiblir, conduisant à re-dérouler le code Zéro puis le re-rouler pour mettre le moteur vers 2h30 du matin alors que nous ne sommes plus qu’à une quinzaine de milles de l’arrivée.
Arrivée de nuit à Port Mahon
Cette fois, c’est la dernière manœuvre et le ronronnement du moteur accompagnera le quart d’Antoine jusqu’à l’entrée dans le fjord de Port Mahon. Magali se réveille pour affaler la grand-voile à l’entrée puis se rendort pour encore 30min pendant que les deux rives resserrées défilent de chaque côté de Loela, de plus en plus éclairées au fur et à mesure que nous approchons de la ville. Le ponton que nous avons réservé avant de partir, confirmé par Whatsapp, est situé presque au bout du port, juste avant la partie militaire située au Nord. Magali se réveille une dernière fois pour la manœuvre d’accostage avec pendille, arrière vers le ponton. Nous sommes à bon port en Espagne, et nous retournons dormir avant d’aller découvrir cette nouvelle contrée pendant quelques jours puisque nous allons essuyer quelques temps de vent fort de l’Ouest en restant au port.




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