Saison 3 Ep 9 : Empannages en duo à travers la mer d’Alboran

Enfin, nous avons levé l’ancre à 17h du mouillage où nous avons passé 5 jours pleins de joie, de retrouvailles, d’amitié, de partage, de découvertes et de beau soleil pour notre départ ! Nous avons eu du mal à partir ! Des dernières courses à faire alors que nous sommes si proches de tous les magasins, le diagnostic de notre dessalinisateur à finir, la solution à mettre en place, tout ça nous a fait dépasser l’horaire que nous nous étions fixé et nous partons les derniers du groupe de 4 bateaux qui s’élancent vers Gibraltar.

Une voyage en flottille mais avec différentes options

Apsara et Keep Kool sont partis les premiers et sont venus nous dire au revoir pendant qu’Antoine cherchait encore la pièce manquante pour le dessalinisateur. Ils naviguent de conserve depuis près d’un an et ont leurs habitudes bien rodés. Apsara navigue moins vite que ses possibilités en général pour rester près de Keep Kool que Matthew manœuvre en solo jusqu’à Gibraltar. Ils prennent le plus souvent la route directe quitte à faire du moteur si le vent est trop faible ou dans la mauvaise direction.

À côté, nous formons le groupe des puristes de la voile avec ILO qui, comme nous, évite de naviguer au moteur. Nous avons discuté depuis 3 jours déjà des différentes routes et utilisons le même logiciel de routage. Nos bateaux étant assez proches en performances, nous devrions pouvoir rester ensemble, même si nous avions remarqué à l’Outremer Cup (encore un article de fin de saison 1 qui manque) qu’ils vont plus vite que nous dans le petit temps. Pour corser le tout, nous partons une bonne demi-heure après eux et donc quelques milles derrière.

Petit point aficionados :

Nous utilisons tous les deux le logiciel Weather4D version complète (Routing et Navigation). Elle est relativement simple mais donne accès pour une somme modique à un très grand nombre de modèles de prévisions météo. L’application en elle-même coûte 65€, l’abonnement météo coûte 46€ (par an). En plus elle tourne sur iPad et nous sommes équipés principalement en matériel Apple. À un moment j’ai pensé m’en passer pour utiliser directement PredictWind sur le traceur mais ça revenait finalement plus cher (et d’après PredictWind eux-même ça ne marche pas !)

En plus Weather4D nous permet aussi d’avoir une source secondaire de cartographie puisque nous avons acheté des fond de carte différents de ceux que nous avons mis sur le traceur. Les cartes n’étant pas toujours exactes c’est important d’avoir plusieurs sources.

L’application n’est pas aussi complète que les logiciels beaucoup plus chers mais pour l’utilisation en voyage ça suffit largement. Nous n’avons pas besoin d’un routage à suivre à la lettre mais de la possibilité de voir ce que les prévisions météo seront au fur et à mesure de l’avancement possible du bateau. Ensuite, nous décidons nous-mêmes de la route à prendre pour éviter les zones les plus perturbées, naviguer aux allures que nous préférons et se concocter des navigations à notre goût sans être forcément les plus rapides.

Départ de petit temps 

Pour commencer, le vent nous propose un grand bord de près dans le tout petit temps vers le Cabo de Palos au sud de Torrevieja où nous avions pêché notre daurade à l’aller. Nous suivons ILO et évitons les parcs à poissons et rassemblements de bateau de pêche. Nous sortons donc la ligne pour essayer d’attraper quelque chose, sans succès. Nous faisons aussi tourner les deux moteurs pour recharger les batteries bien faibles après plusieurs jours de temps gris et le dessalinisateur pour compléter le plein d’eau bien entamé puisque nous n’avons pas refait d’eau depuis que nous avions découvert le problème vendredi dernier. Nous profitons aussi de la mer calme pour faire un match de jeu vidéo papa-Arthur et ensuite finir le grand puzzle de 1500 pièces de Martin en famille au début de la nuit.

Nous dînons de lasagnes dans le cockpit avant de remplacer le code zéro par le gennaker à la nuit tombée. Ensuite nous prévoyons à nouveau nos quarts habituels. Après le cap, nous continuons sur le bord bâbord amure le plus abattu possible sur un cap Sud-Sud-Ouest en espérant que le vent se renforce un peu plus au large, même si nous voyons Apsara et Keep Kool au plus près de la côte. Nous prévoyons un empannage vers minuit pendant le quart des enfants et ils le réalisent presque sans aucune aide d’Antoine.

Pendant le reste de la nuit, le vent oscille autour du Nord entre 6 et 10nds donc pas très fort. Nous glissons sur une mer plate à 5-6nds sous gennaker, c’est très agréable pour nous remettre en selle après cette semaine au port. Nous découvrons aussi pendant la nuit que l’antenne 4G en tête de mât fonctionne très bien jusqu’à 20 voire 30MN des côtes. Nous sommes donc un peu moins déconnectés que d’habitude grâce (à cause ?) de la carte SIM qu’Antoine a finalement trouvée à Cartagena. Nous échangeons également avec ILO par VHF pour croiser les informations de météo et de vent sur zone.

Le matin suivant, mardi 22 octobre, pendant qu’Antoine cherche le meilleur angle au vent et le meilleur couloir de vent pour passer le Cabo du Gata, c’est école en mer pour Martin et Mathilde. Alice a un peu trop peur d’être malade et préfère se reposer dans sa cabine. C’est aussi le moment d’essayer de pêcher et malheureusement nous ferrons à nouveau un gros poisson qui casse la ligne avant que nous n’ayons réussi à ralentir assez le bateau. Ça commence à faire beaucoup de leurres perdus mais c’est aussi le métier qui rentre… La relative proximité de la côté nous offre aussi la présence d’oiseaux plus ou moins petits, dont un qui vient jusqu’à la table à carte pour se percher sur un câble de recharge de manette de jeu.

Les vagues commence à se lever un peu car le vent dépasse maintenant régulièrement 10nds. Elles viennent d’abord de travers quand nous empannons après le déjeuner juste sous le Cabo di Gata et rapidement le défaut de calcul du vent se manifeste. Nous réessayons la solution palliative de Marc, utiliser le vent mesuré à la girouette directement en l’amortissant à fond. Cette fois ça fonctionne plutôt bien et nous parvenons à laisser le pilote en mode vent.

À 18h, nous voyons rapidement quelques dauphins qui viennent saluer le bateau de loin puis nous traversons l’autoroute des cargos au large du Cabo du Gata assez facilement car nous passons entre deux groupes qui s’éloignent vers l’est et vers l’ouest. Il y a besoin d’un peu de moteur (2h) pour recharger les batteries car le temps est un peu couvert et les voiles couvrent aussi régulièrement les panneaux solaires de leur ombres.

Nous empannons à nouveau vers l’ouest après le dîner une fois sous le rail principal des cargos. Ça n’empêchera pas Arthur et Alice d’avoir à en éviter un en déroutant Loela vers 23h. Quand Magali prend son quart le vent a adonné et le cap est maintenant WNW, nous empannons et en profitons pour prendre un ris car le vent est censé forcir dans la nuit. Au départ il faiblit pourtant mais cela permet à Magali de remarquer un dauphin tout seul qui est venu jouer autour de notre feu de navigation tribord (le vert, qui éclaire plus fort que le rouge). Elle me réveille et nous restons plusieurs minutes à le regarder jouer devant nous dans la nuit relativement calme. Ensuite le vent adonne à nouveau dans l’autre sens et nous nous retrouvons presque vers le Sud. J’empanne un peu avant le lever du jour vers 7h et je remarque en comparant les bords que nous sommes dans un courant qui porte au Sud pour presque 1,5nds, ce qui n’est pas ce qui était prévu… Nous aurons jusqu’à la fin plus ou moins l’inverse de la prévision sur laquelle nous nous étions basés pour faire la route, passant un peu au sud de la mer d’Alboran pour avoir un courant favorable… ILO et nous ré-empannons vers le SW au petit matin pour essayer d’aller chercher le courant plus au sud. Nous le trouverons toujours mal orienté, portant au SE…

La mer étant presque travers sur cette allure c’est assez inconfortable. Nous changeons à nouveau de bord pour que Martin et Mathilde puissent faire l’école et c’est beaucoup plus confortable. De son côté, ILO tente la route directe sous spi symétrique avec plus ou moins de succès. Quand le spi veut bien sortir de sa chaussette, tient bien en l’air et ne s’enroule pas autour de l’étai, ça permet d’avancer en ligne droite dos au vent à peu près à la moitié de la vitesse du vent réel. Par contre c’est relativement instable et le système de chaussette est parfois difficile à manier. Idéalement il faut affaler la GV pour le mettre ce qui veut dire se mettre face au vent au moteur. Pendant les essais de ILO nous croisons d’abord tout près derrière, puis loin derrière avant de les dépasser pendant que le spi s’est enroulé dans l’étai.

Déjà la côte africaine du Maroc se profile à l’horizon et nous nous rapprochons de l’embouchure de Gibraltar. Nous slalomons entre les cargos en mouvement ou à l’arrêt. Vous pouvez voir sur l’écran en bas et sur la photo tous les bateaux que nous devons éviter. Encore une fois, l’AIS est un outil précieux pour définir notre trajectoire de manière à ne gêner personne.

Pendant ce temps, au coucher du soleil, les dauphins vont, enfin, nous offrir leur spectacle complet. Un groupe d’une dizaine de dauphins passe et repasse sous les étraves et le trampoline. Nous sommes fascinés de les voir si agiles dans l’eau alors que nous filons à 8nds sous gennaker. Un souvenir féerique !

L’arrivée dans la baie de Gibraltar va se faire… de nuit, pour ne pas changer nos bonnes habitudes ! Nous approchons de la pointe Europa toute illuminée au sud du rocher et nous sentons d’abord le vent qui faiblit quand il est progressivement masqué par le rocher. Néanmoins, nous préférons rouler le gennaker et dérouler le solent car les baies avec de hauts reliefs peuvent être traîtres quant aux changements de vent. Bien nous en a pris car nous nous retrouvons à slalomer à nouveau entre les cargos, pour la plupart au mouillage en train de ravitailler en carburant détaxé, accouplés à de petits pétroliers. Le vent passe travers puis de face alors qu’il contourne les rochers avant de revenir en rafales à plus de 25nds de l’arrière au moment d’affaler la GV devant les digues du port de Gibraltar.

Nous n’allons pas faire escale à Gibraltar même mais dans la ville située juste en face, de l’autre côté de son aéroport : La Linea de la Concepcion. Nous avons réservé un emplacement à la marina car nous devons y réceptionner notre nouvelle membrane pour notre dessalinisateur ! En annonçant notre arrivée sur le groupe WhatsApp des Outremer ayant prévu de traverser l’Atlantique, nous découvrons que l’Outremer 55 nommé Vai, dont nous avions rencontré les propriétaires à La Grande Motte en Septembre est aussi à la marina. Ils viendront nous saluer sur le quai d’arrivée où nous effectuons les formalités avant de rejoindre notre ponton pour une deuxième manœuvre d’amarrage de nuit sans assistance. Parfaitement réussie par l’équipage.

Loela, installé dans sa place de ponton, se cache dans cette image, où donc ?

Ces deux jours et un peu plus sont parmi nos plus longues traversées jusqu’ici. La plus longue entièrement à la voile ! Le fait de naviguer assez groupé avec ILO a rendu cette navigation très agréable, en plus des conditions qui étaient clémentes avec très peu de mer à part à la toute fin. Le fait d’échanger à la radio a permis de comparer les visions météo et conduite du bateau, de nous conforter mutuellement dans les moments difficiles. C’est à refaire. Nous avons perdu assez vite le contact avec Aspara et Keep Kool par deux choix différents de route, l’une 100% voile et l’autre plus directe mais avec 18h de moteur au final (et une arrivée pour eux vers 14h au lieu de 22h). À l’avenir nous essaierons de faire ces routes groupées. Et nous avons hâte de découvrir le rocher de Gibraltar tous ensemble !