Nous quittons donc l’Europe ce dimanche 27 octobre 2024 après une belle visite du rocher de Gibraltar en bonne compagnie. Nous laissons ILO derrière nous, qui attendent des pièces pour leur pilote automatique et partons retrouver Apsara, Malea et Keep Kool qui sont déjà à Tanger.
Un plan pour traverser le détroit de Gibraltar
Pour traverser le détroit de Gibraltar, nous devons prendre en compte de nombreux paramètres. Tout d’abord, il faudra slalomer entre les cargos en attente dans la baie d’Algeciras devant Gibraltar, qui sont nombreux mais à l’arrêt. Ensuite, il faudra prendre en compte la circulation des cargos qui est organisée avec un dispositif de séparation du trafic. C’est-à-dire des voies de circulation parallèles vers l’Atlantique et vers la Méditerranée que nous ne devons pas couper sauf nécessité absolue, en coupant perpendiculairement, ou autorisation (comme dans le détroit de Messine). A la différence du détroit de Messine, il y a toujours de la circulation dans le détroit de Gibraltar, donc pas question de demander l’autorisation de circuler à contre-sens dans une voie…
Heureusement, les voies s’interrompent plusieurs fois pour que les bateaux puissent traverser ou sortir des voies. Nous devrons donc utiliser ces zones pour traverser de la côte espagnole à la côte marocaine. Pour choisir laquelle de ces zones, nous prenons en compte le risque de rencontrer des orques joueuses qui ont commencé il y a 4 ans à « jouer » avec les safrans des voiliers, causant de nombreuses avaries puisqu’elles peuvent aller jusqu’à arracher les safrans et causer des voies d’eau même si elles ne s’attaquent jamais aux humains eux-mêmes. La zone la plus à risque de rencontre est située à la sortie Ouest du détroit, nous choisissons donc de traverser dans la zone la plus à l’Est, ce qui nous est un peu (très) défavorable pour les deux derniers paramètres : le vent et le courant.
Le vent vient du NW à l’entrée ouest du détroit et s’oriente donc à l’Ouest dedans. Nous devrons remonter contre le vent le long de la côte marocaines alors qu’une traversée plus à l’Ouest aurait permis de traverser plus ou moins avec un vent de travers. Enfin, les courants semblent assez indéchiffrables car, au traditionnel courant de marée que nous connaissons bien, s’ajoute un courant permanent de l’Atlantique vers la Méditerranée, l’océan venant compenser la perte d’eau de la Méditerranée dues à son évaporation. Nous avons bien des cartes qui nous donnent ces courants mais elles se révèleront fausses (ou bien nous n’avons pas su les lire). Nous étions censés partir avec la fin de courant montant contre nous jusqu’à notre arrivée le long de la côte marocaine où nous sommes censés trouver un contre courant qui se renforcerait au fur et à mesure de notre avancée et de la renverse de la marée…
Une traversée au forceps
Pendant que nous faisons le plein de gasoil à la station service de Gibraltar, judicieusement placée par les britanniques dans une zone accessible sans contrôle à la frontière mais détaxée quand même, nous pouvons admirer les deux avions du midi qui décollent juste devant nous car la station est littéralement à 200m de la piste de décollage.
Nous commençons par un bord de près bon-plein entre les gros cargos dans un vent plutôt léger qui adonne et donne même des envies de gennaker au capitaine. Nous nous raisonnons car nous ne sommes pas dans l’embouchure du détroit et que le vent pourrait bien forcir beaucoup ensuite.



Bien nous en a pris car le vent monte beaucoup dès que nous entamons la traversée au ras de la sortie du dispositif de séparation du trafic le plus à l’est. Il grimpe jusqu’à plus de 25nds, nous conduisant à prendre un ris par précaution et nous rentrons aussi dans le courant qui se révèle extrêmement puissant et totalement contre nous. Il augmente jusqu’aux côtes marocains contrairement aux prévisions et nous nous retrouvons de l’autre côté du détroit avec plus de 25nds de vent et 5nds de courant face à la route le long de la côte marocaine. Nous faisons une tentative pour trouver le contre-courant le long de la côte, mais nous devons renoncer à moins de 200m des rochers, à la fois à cause du danger de nous approcher plus près et de l’absence manifeste de contre-courant, et parce que nous sommes interpellés par les gardes-côtes marocains qui viennent nous demander de nous écarter de la côte et d’en rester à distance. Le contre-bord vers le NW ne permet pas d’avancer vers l’Ouest et nous nous résolvons donc à mettre les moteurs. Nous devons les pousser à fond pour étaler le courant, le vent et les vagues face à nous. Nous faisons entre 7 et 8 nds sur l’eau qui se traduisent en 2 à 3nds sur le fond seulement. Il nous reste 15MN à parcourir qui demanderont donc 5h de ce traitement de choc !
Nous passons devant le nouveau port commercial de Tanger, nommé « Tanger Méditerranée » dans lequel nous voyons entrer un énorme porte-container de plus de 300M de long. Nous continuons de slalomer entre les cargos, tankers, porte-containers, remorqueurs et vedettes des pilotes qui forment un trafic très intense devant les différents bassins du port. C’est impressionnant et fascinant à la fois !
Après le dernier cap, le courant baisse enfin, et nous pouvons finir la traversée à la voile en admirant le coucher du soleil sur le cap Spartel à la sortie de la baie de Tanger vers l’Atlantique. Nous entrons dans la marina à la nuit tombée et sommes accueillis au ponton d’accueil par les marineros qui nous guident tout de suite pour les formalités d’arrivée. Nous avons réservé par WhatsApp auprès d’un contact nommé Walid qui nous a donné toutes les informations pour l’arrivée et sera très serviable pendant tout le séjour.
Tous les services nécessaires à l’entrée dans le pays et la marina sont réunis et fonctionnent 24h/24 et 7j/7, c’est très pratique et accueillant. Après un petit tour dans les bureaux pour remplir les papiers et faire des copies de nos passeports, Antoine revient à bord pour dîner. Nous accueillons ensuite une équipe mixte constituée d’une personne de l’immigration, une personne de la police des frontières et une personne de la douane. Ils contrôlent l’identité de chacun des membres d’équipage puis effectuent une visite de l’ensemble du bateau.
Petit point technique sur l’entrée au Maroc : il est interdit de garder un drone à bord pendant le séjour au Maroc. Si vous en avez un, il sera confisqué et gardé par la douane marocaine jusqu’à votre départ. D’après nos informations, cette garde est payante au-delà de 3 jours mais comme nous n’avions officiellement pas de drone à bord… nous ne savons pas combien…
Ensuite, les autorités marocaines sont TRES susceptibles quant à la dispute au sujet des frontières du Sahara Occidental. Toute carte mentionnant une frontière qui sera trouvée sera confisquée à moins qu’elle ne soit « corrigée » sur place !
Dès que les formalités sont effectuées, nous devons rejoindre notre emplacement, qui est situé avec les bateaux copains, juste derrière Malea, lui-même juste derrière Apsara. Nous devrons faire un créneau contre le vent pour rentre dans l’emplacement où nous avons moins de 5m de marge pour rentrer entre les deux catamarans. L’équipage se tire avec brio de cette manœuvre, sans toucher ni devant ni derrière, et nous pouvons enfin nous coucher après avoir salué nos amis sur le ponton.





Repos forcé sous la pluie
Lundi 28 octobre, une dépression est coincée devant Gibraltar et nous amène des pluies abondantes sur Tanger pour les jours à venir. Antoine sort rapidement de bon matin pour chercher l’adaptateur électrique pour nous connecter au réseau électrique du port, dont nous aurons bien besoin en l’absence de soleil. Pour cela, il faut qu’il contourne toute la marina, soit près d’un kilomètre de marche dans chaque sens. Il profite donc de passer devant la ville pour aller acheter une carte SIM. Il est abordé par une personne qui lui propose de l’aide pour l’achat et l’oriente vers une petite épicerie où il achète une carte et des recharges.
De retour au bateau, il ne trouve pas comment fonctionne la carte SIM. La pluie arrivée, nous restons donc au bateau pour reprendre les cours mais sans réseau. Il y a pas mal de choses que les enfants ne peuvent pas faire surtout pour Arthur. En attendant le déblocage de notre carte SIM marocaine, notre voisin nous donne son mot de passe pour accéder à son antenne Starlink … Ça nous fait réfléchir sur la connexion internet en dehors de l’Europe. Car pour l’instant on se débrouillait très bien avec nos forfaits de nos téléphones portables qui fonctionnaient presque sans changement partout en Europe. Nous ne voulions pas souscrire à Starlink car cela encouragerait une entreprise qui a rempli le ciel de satellites pour permettre à tous de regarder Netflix n’importe où dans le monde. Mais les cours de nos enfants sont pour beaucoup en ligne… le dilemme est grand mais pour l’instant nous ne basculons pas, surtout car nous ne savons pas vraiment comment nous pourrions nous faire livrer l’antenne nécessaire pour nous connecter. Nous utilisons cependant la connexion des copains et nous allons finalement résoudre nos problèmes de carte SIM en achetant une deuxième le surlendemain.
Mardi 29 octobre, il pleut encore toute la journée donc nous continuons de rattraper les cours à l’intérieur. Toutes les cabines sont utilisées pour les exercices oraux. Une accalmie se profile en fin d’après-midi, les enfants jouent à la trottinette et au skateboard avec les enfants d’Apsara sur le quai. En effet nous sommes tous amarrés sur le ponton VIP qui est interdit d’accès à tout véhicule et toute personne, il y a de la place pour jouer dehors en sécurité ! Mathilde prend un cours de crochet avec Fauve et va tricoter une étoile !


Pendant que les filles sont occupées, nous allons explorer le front de mer avec Arthur et Martin… c’est un peu le choc culturel. Le Maroc est un pays musulman avec la plupart des femmes voilées, les rues sont animées mais assez sales avec des chats partout. On est loin de l’ambiance guindée européenne. C’est ça aussi le voyage !



Mercredi 30 octobre, encore de la pluie, le bateau est bien rincé. On avance bien sur les cours. Le soir, on va manger au restaurant dans la médina avec les bateaux-copains. Matt le capitaine de Keep Cool a embarqué 4 membres d’équipage pour aller aux Canaris, pendant les jours de pluie ils ont arpenté la ville à la recherche du meilleur restaurant, du meilleur pâtissier et du meilleur marchand de dattes. On va donc les rejoindre à l’adresse indiquée au restaurant Rif Kebdani. On a bien regardé le plan avant de partir du bateau car on n’a toujours pas internet à l’extérieur. On se fraye un chemin dans les petites rues piétonnes de la médina jusqu’à bon port. Ici tout est écrit en arabe et en français car ce sont les 2 langues officielles du Maroc, ça nous aide bien pour nous repérer et communiquer. Au restaurant nous dégustons de délicieuses Tajines et brochettes. En dessert on marche jusqu’à la petite pâtisserie de gâteaux marocains. Comme dit Arthur c’est du miel, du sucre, des fruits secs et un peu de pâte, copieux mais tellement bon.


Après ces 3 jours de pluie, le beau temps est enfin prévu on va pouvoir visiter Tanger et ses environs. Par contre le vent pour nous pousser convenablement jusqu’aux Canaris semble complètement bloqué. C’est très inhabituel pour la saison et on ne voit pas de fenêtre météo correcte avant la semaine prochaine. En plus ça change tous les jours et les différents modèles ne sont pas d’accord entre eux. Au moins nous sommes dans une marina bien protégée.



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