Saison 3 Ep 13 : Sur les vagues de l’Atlantique vers les Canaries

Une fois n’est pas coutume je vais parler à la première personne dans cet article qui commence au moment où je sors de la clinique. Après m’être fait ouvrir et recoudre le vendredi 8 novembre, je pense que nous allons devoir attendre au moins 48h que je me remette puisque je pouvais à peine marcher en sortant. Nous avions pourtant tout préparé le jeudi pour le créneau du samedi matin et tous les copains vont partir ce samedi pour les Canaries (Apsara, Malea et Keep Kool) ou Madère (ILO). Qu’allons-nous pouvoir faire ?

Partira ou partira pas ?

Le lendemain, je réussis pourtant à marcher jusqu’au bout du port pour prendre un taxi pour aller faire contrôler le travail et refaire le pansement. La cicatrice paraît très propre et l’infection semble avoir complètement disparue. C’est douloureux bien sûr mais plutôt une douleur de guérison. Ça tire sur les fils mais ça n’est plus gonflé et purulent. Pendant que je suis à la clinique, Magali aide les copains qui se rendent au ponton de départ. Récupérant des affaires oubliées sur leur bateau ou en amenant d’autres oubliées sur le nôtre. Je décide de la rejoindre du côté du ponton de départ pour discuter avec les bateaux-copains, prendre les conseils d’Audrey sur ILO et profiter de la traversée en annexe. Je me sens diminué mais je me dis aussi qu’attendre jusqu’à la cicatrisation complète signifierait passer une semaine de plus à Tanger et potentiellement plus si les conditions météo persistent à ne pas être favorables.

Audrey me confirme que le risque principal se situera à l’arrêt des antibiotiques dans 7 jours et donc pas pendant la traversée prévue pour durer entre 3 et 4 jours. En plus si nous partons maintenant, nous pourrons naviguer de conserve avec les copains ce qui peut être rassurant pour le départ. Nous prenons donc la décision de partir dès ce samedi 9 novembre.

Dès que nous sommes de retour au ponton, il est temps de s’activer pour ranger l’annexe et préparer le bateau pour le départ. Nous traversons pour nous mettre au ponton de départ et lancer les formalités pendant que Magali et les enfants lavent le pont.

Problème, il nous manque le papier que la douane était censée nous remettre à l’arrivée (mais qu’elle ne nous avait pas donné). Heureusement, la douanière nous retrouvera dans son système et nous laissera partir après la petite visite conjointe comme à l’arrivée. Nous quittons le ponton à 13h, une heure après ILO et 2h après Apsara et Keep Kool.

Premier jour calme et tranquille

Le vent étant aux abonnés absents, nous partons au moteur en longeant la côte dans l’espoir d’avoir un peu moins de courant que les copains qui avancent lentement contre le courant à 1MN de la côte. Nous voyons les pêcheurs dans ce qui semble être un remous à 500m de la côte et nous décidons de passer entre eux et la côte, ce qui semble nous mettre dans un bon contre-courant puisque nous avançons à plus de 5nds à 1800tr/min sur un moteur au lieu de 4nds. Les copains sont plutôt à 3nds au large et nous rattrapons ILO vers 14h au cap Spartel qui marque la frontière officielle entre les eaux de l’Atlantique et celles de la Méditerranée.

Nous pouvons enfin couper le moteur une heure plus tard et continuons sous grand-voile et solent malgré l’allure assez proche du vent car je pense que nous pourrons passer sous gennaker d’ici une heure ou deux car le vent doit s’orienter plus Nord au fur et à mesure que nous descendrons vers le Sud et nous écarterons de la côte. Nous hissons donc le Gennaker et une heure plus tard, nous pouvons le dérouler tout en restant presque sur la route.

Magali se met alors à cuisiner des plats en profitant de la mer encore très calme par dessus la longue ondulation, légère, de l’Atlantique. C’est une entrée en matière très clémente pour l’équipage qui n’est plus du tout amariné après les deux semaines au port de Tanger ! Pendant ce temps, je vais me reposer en faisant la sieste car les anti-douleurs m’assomment un peu.

Nous dînons des lasagnes de Magali en avançant rapidement sous gennaker car le vent est plutôt serré. Nous profitons de ce vent Nord-Ouest pour descendre vers le Sud-Ouest à bonne allure, nous irons vers l’Ouest ensuite quand le vent sera passé du côté de l’Est. Pendant la nuit le vent tournera d’ailleurs progressivement vers le Nord et nous mettrons de l’Ouest dans la route.

A 5h du matin, pendant mon quart, le pilote me fait des siennes, décrochant complètement jusqu’à nous retrouver face au vent. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça mais j’espère que ça ne se reproduira pas. Je cherche ensuite un réglage du pilote en mode vent, toujours basé sur la sortie directe du capteur, un peu instable quand même.

Comme d’habitude, Mathilde se lève la première un peu après un joli lever de soleil. La houle et les vagues commencent à se lever et ce n’est pas très confortable. Toutes les deux viennent de tribord, la houle légèrement de l’avant et les vagues légèrement de l’arrière, la faute aux vents d’Ouest et Nord-Ouest qui soufflent plus à l’Ouest et nous envoient le reliquat de leurs vagues.

Nous empannons en milieu de matinée à nouveau vers le Sud et c’est beaucoup mieux pour les vagues. La houle vient maintenant de 3/4 arrière sur tribord et les vagues de 3/4 arrière sur bâbord. J’essaye même de gréer le gennaker sur l’étrave au vent au lieu du bout-dehors et cela nous permet de nous mettre encore plus vent arrière (160-165TWA pour les amateurs), un peu comme un spi symétrique. Le vent adonne encore et tout ça nous permet de mettre un peu d’Ouest dans notre route et d’aller davantage vers les Canaries. Magali cuisine à nouveau pour le déjeuner. Nous aurons fait 184MN les premières 24h, ce qui est une bonne moyenne puisqu’on a débuté avec peu de vent au départ.

Le vent adonnant encore, nous empannons à nouveau après le déjeuner, tribord amure sur un cap autour de 230. Evidemment, avec ce vent du secteur Nord, nos voiles sont au Sud du bateau et masquent les panneaux solaires, les batteries se sont bien déchargées et nous n’avons plus que 37% de charge au bout de 28h de navigation. Nous devons donc recharger les batteries en faisant tourner nos moteurs. C’est aussi le moment que choisissent les dauphins pour nous saluer une première fois.

Festivités agitées

Ce soir du 10 novembre, c’est aussi l’anniversaire d’Alice. Malheureusement, depuis que les vagues se sont levées, elle a le mal de mer et a somnolé dans sa cabine depuis la nuit dernière. Nous réussissons quand même à la faire sortir de sa cabine pour manger un peu de riz-maïs-lardons et ouvrir ses cadeaux.

Après le dîner, je décide de réduire la toile pour la nuit car le vent est prévu un peu à la hausse et nous touchons déjà les 20nds et plus de vent réel… Nous prenons un ris dans la grand-voile et roulons le gennaker. Nous passons donc d’une moyenne de 8-10nds avec un angle de 160-165TWA à une moyenne de 7-8nds sur un angle à 145-150TWA. C’est moins efficace mais plus tranquille pour les veilleurs la nuit même si finalement le vent se maintient autour de 18-20nds sans trop de rafales (nous n’aurons que 24nds au maximum).

Encore pendant mon quart, vers 4h du matin, je constate que le hublot de la salle de bain de la coque des enfants fuit. Je n’arrive pas à savoir si c’est la moustiquaire extérieure qui gêne l’étanchéité du joint ou le scellement du hublot lui-même qui fuit (je constaterai plus tard que c’est bien le scellement qui fuit). Environ un verre par heure d’eau salée rentre dans la coque bâbord. Si nous n’épongeons pas régulièrement, l’eau fait son chemin dans la coque et vient mouiller les provisions qui sont stockées à fond de cale. Nous devrons donc nous astreindre à essuyer l’eau à chaque fois que nous irons aux toilettes de ce côté là.

Du bon côté des choses, j’ai choisi une route au large du Maroc ce qui fait que nous ne croisons plus de bateaux depuis cette nuit. Cela nous permet de faire des siestes de 20 minutes entre deux tours d’horizon et de surveillance pendant nos quarts de nuit et c’est moins fatiguant (et j’en ai bien besoin avec les anti-douleurs qui me fatiguent bien).

Dans la matinée du 11 novembre, j’échange des messages email par Iridium pour prendre des nouvelles des bateaux copains que nous avons perdus de vue depuis le 9 au soir. ILO avance bien vers Madère même si c’est encore moins confortable que nous, vu qu’ils doivent serrer le vent et surtout les vagues encore plus. Apsara serait assez proche de la côte marocaine, pratiquement devant Essaouira, dans le plus fort du vent et des vagues prévues.

48h après le départ, nous avons encore fait 179MN le deuxième jour, toujours avec un vent entre 18 et 20nds en moyenne et nos voiles réduites. Magali cuisine à nouveau des douceurs : un broyé du Poitou, du pain et des cookies. En début de soirée, Arthur se met à la barre pour s’entraîner dans ce vent plutôt soutenu. Il s’amuse à serrer un peu le vent et surfe jusqu’à 16nds. Nous rechargeons à nouveau nos batteries en faisant tourner les deux moteurs pendant 2h pour remonter nos batteries de 37% à 80%.

Le soir, nous fêtons la fête de Martin et lui offrons les livres que nous avions acheté en prévision sur le marché de La Grande Motte, Club des 5, Fantômette et 6 compagnons, voilà de la lecture pour la suite du voyage.

Derniers bords dans un vent faiblissant

Pendant la nuit, la consigne est de repasser sous gennaker si le vent tombe en-dessous de 15nds de vent réel. C’est chose faite à 3h du matin pendant le quart de Magali. Nous le gréeons à nouveau au vent tous les deux et pouvons abattre un peu plus vers les Canaries. A 4h du matin, pendant mon quart, je profite de l’atmosphère qui se réchauffe et du vent qui faiblit pour admirer le plancton phosporescent dans le sillage du bateau.

A 9h, nous empannons vers le Sud en bâbord amûres et le vent faiblit encore. Nous lâchons le ris de la grand-voile. Dans la matinée, nous empannerons plusieurs fois pour rester dans l’axe vers les îles en fonction des oscillations du vent. A 12h30 la terre est en vue. C’est l’île déserte de Caldeira juste au Nord de l’île de la Graciosa vers laquelle nous nous rendons. En début d’après-midi, c’est Apsara qui apparait à l’AIS 10MN derrière nous. Nous allons être juste à l’heure pour mouiller au coucher du soleil, eux arriveront à la nuit tombée. Nous hésitons un moment à contourner l’île par l’Ouest au risque de ne plus avoir de vent, ou par l’Est, au risque d’avoir trop de vent entre La Graciosa et Lanzarote.

C’est l’Est qui l’emporte, pour le plaisir d’admirer le passage entre les deux îles désolées et les falaises impressionnantes de Lanzarote. Nous affalons le gennaker avant d’embouquer le passage entre les deux îles, dans les dernières lueurs du jour et rangeons le pont proprement pour l’arrivée.

Les deux îles défilent de chaque côté de Loela, plate et ponctuée de petits villages blancs, complètement aride, Graciosa s’étend à tribord ; les hautes falaises noires de Lanzarote plongent dans la mer à bâbord. Finalement le vent tombe dans le passage et c’est au moteur que nous finissons les derniers milles avant de mouiller l’ancre en première ligne devant la plage de la Francesca juste après le petit port.

Un coup d’œil à la météo des prochains jours nous apprend que nous n’allons pas pouvoir nous reposer très longtemps dans cette anse parfaitement abritée des alizés mais pas des vents d’Ouest et Sud-Ouest inhabituels qui nous ont empêchés de venir aux Canaries plus tôt et qui vont reprendre dans deux jours. Il faudra nous trouver un abri autour de Lanzarote que nous voudrions bien visiter.

En attendant, c’est le moment de passer une bonne nuit après avoir accueilli Apsara. Demain, nous irons découvrir l’île et réfléchirons aux plans pour la suite !