Après 24h plutôt ventées et secouées, la fin de la deuxième journée de transat est plus calme, le vent est retombé à 13nds et nous avons renvoyé toute la grand-voile.
La fin d’après-midi est consacrée à la préparation du sapin de Noël ! Magali avait approvisionné de la feutrine qu’elle met en forme avec Martin et Mathilde. Pendant ce temps, Antoine est allé faire la sieste mais bondit bientôt de la cabine car concentrée sur le découpage à la table à carte, Mathilde a désactivé le pilote sans s’en rendre compte. Le bateau fait donc demi-tour et se met face au vent, voiles fasseyantes. Rien de grave mais une manœuvre à faire en urgence pour remettre le bateau dans le bon sens.
Nous faisons aussi le point des réserves, les batteries sont à 42% et le gasoil est bien à 100%. Aucune perte à déplorer dans les provisions.
De l’énergie à reconstituer
Nous finissons donc la journée par deux heures de ronronnement des deux moteurs pour recharger les batteries à 80%. Pour les techniciens qui nous lisent : notre système de recharge vient prélever de l’énergie sur les alternateurs qui sont censés recharger les batteries moteur en leur faisant croire qu’elles sont déchargées en permanence. Ensuite ils lissent la puissance fournie aux batteries ce qui fait qu’on peut recharger à relativement faible régime. La charge démarre à 1500tr/min mais ensuite nous pouvons baisser le régime jusqu’à 1200tr/min, la puissance de charge ne dépend plus du régime moteur, nous prélevons 70Ah en 12V en continu par moteur (soit environ 10% de recharge par heure et par moteur). Ça limite aussi la nuisance sonore dans les cabines. Pour mémoire, nous avions hésité à nous équiper d’un hydrogénérateur, qui produit de l’électricité en utilisant une hélice qui tourne dans l’eau grâce à notre vitesse. D’après ce qu’on suppose, cela aurait fourni de l’ordre de 20Ah pendant toute la journée de 24h et aurait sans doute permis de ne pas avoir à utiliser le moteur pour faire de l’électricité… mais ça faisait un coût et une source de problème en plus et Antoine a préféré se concentrer sur une bonne maintenance des moteurs.
L’équipage aussi a besoin de reconstituer son énergie. Nous faisons bien attention à bien boire et à grignoter toute la journée mais un bon repas chaud est toujours apprécié en fin de journée. Nous avons la chance que Magali ait cuisiné toute la matinée avant de partir. Hier soir nous avions mangé des lasagnes, que nous avons presque terminées à midi. Ce soir c’est quiche lorraine et restes de pizza de la soirée pré-départ (et qui nous avait aussi fait le repas du soir après le départ). Miam !
Nuit (trop) calme
Après le dîner nous empannons car le vent est repassé vers l’ENE et nous avançons maintenant vers le Sud au lieu du SW. Malheureusement le vent retournera vite vers le NE voir ENE et nous devrons reempanner juste au début du quart d’Arthur vers 22h. Le vent est maintenant faiblard autour de 8-10nds et ça fait battre les voiles à chaque passage de vague de la houle qu’on voit mieux depuis que les vagues du vent ont diminué. Nous avons moins de bruit d’eau et plus de bruits de gréement. Antoine en profite pour les limiter en cherchant la cause et corrigeant. Nous avions un grincement important dans le mât que nous pensions être l’articulation de la bôme mais en fait c’était le bloqueur de la drisse du gennaker. Comme nous l’avions laissé en tension sur le winch (instruits de l’expérience de la première nuit), le bloqueur grinçait. Il a suffit de détendre la drisse pour le supprimer, un de moins !
Arthur et Magali assurent leurs quarts en se consolant du manque de vent l’un en jouant aux jeux vidéos et l’autre en lisant et en contemplant le plancton phosphorescent.
Vers 3h45, Magali détecte un très gros écho au radar, sans doute un grain et réveille Antoine pour regarder ensemble. C’est probablement un grain mais comme il est déjà devant nous il poursuit sa route sans que nous ne le rattrapions. Ouf ! Antoine se recouche et Magali le laisse dormir jusqu’à près de 5h pour compenser ses multiples réveils de la nuit.
Une trajectoire inhabituelle
D’ailleurs ce grain nous rappelle que nous ne sommes finalement pas dans une situation classique d’Alizés bien établis. D’après les prévisions qu’Antoine vérifie pendant son quart du matin, une dépression va se former à l’Ouest voire SW des Canaries et son front froid va venir balayer la zone des Alizés jusqu’au Cap Vert ! Annulant (au sud), voire inversant (au nord et à l’ouest) le vent habituel de cette saison, venant du NE. Au départ, les routages les plus rapides voulaient nous faire passer sur le lieu de formation de cette dépression avant qu’elle ne se forme pour avoir des vents de N derrière, au risque de se retrouver pris dedans avec de forts vents contraires. Maintenant que nous sommes 300MN au sud des Canaries, la dépression s’annonce encore plus grosse que prévu au départ et c’est jusqu’au nord-ouest du Cap Vert que des vents contraires vont souffler. Les routages nous font maintenant passer à travers les îles du Cap Vert et passer encore plus sud que les Grenadines car une grande zone de calmes va probablement s’installer au cœur de l’Ocean entre les Canaries et les Antilles. Histoire à suivre ! Ça intrigue beaucoup le capitaine cette prévision de dépression avec un front jusqu’au Cap Vert… en pleine saison des Alizés !
Nuages et vent instable
La journée du mardi 10 décembre sera d’ailleurs marquée par des conditions assez légères (8 à 15nds) mais instables avec deux grains qui semblent nous arriver dessus. Le vent qui commence à monter. Nous enroulons le gennaker et prenons un ris dans la GV… et puis… pouf… plus de vent. Il faudra même mettre le moteur une minute pour se remettre dans l’axe car le vent retourne au moment de remettre le gennaker…
Après ces manœuvres, Antoine va se coucher pour essayer de dormir un peu en continu 3h. Pendant ce temps, chacun lit. Martin a pris la liseuse de Magali qui est la seule où l’on a mis Harry Potter 7, emprunté en ligne sur Lire en Vienne avant de partir. Mathilde celle d’Antoine qui contient Harry Potter 1. Et Magali cuisine à nouveau, les estomacs se dénouant progressivement avec les conditions plus légères et le temps qui passe. Ce midi ce sera fricassée de dinde aux champignons avec du riz pour bien continuer à nous caler.
Antoine profite de l’eau chaude d’hier soir pour prendre une douche chaude, en récupérant l’eau froide pour la vaisselle du repas. Nous sommes très parcimonieux avec l’eau car elle dépend de l’énergie dont nous manquons.
Après le déjeuner c’est le tour de la sieste de Magali et le retour de l’atelier lecture sur les deux tables transformées en banquettes. Accompagnés d’un petit rayon de soleil entre les bancs de nuages blancs et gris qui nous entourent. Pour continuer l’après-midi, Martin et Mathilde enchaînent les podcasts de Olma sur France Inter, enregistrés avant de partir.
Ce deuxième jour complet en mer a été une petite journée, avec un peu moins de 150MN au compteur, soit une moyenne de 6noeuds environ. D’autant que la route à parcourir s’est rallongée de presque 200MN si on doit vraiment passer au travers des îles du Cap Vert. Il nous resterait ainsi plus de 2800MN jusqu’à l’arrivée… mais le moral est bon et l’équipage s’amarine tranquillement alors tout va bien à bord !
à suivre !


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