Ce dimanche 22 décembre, l’après-midi se passe encore en sieste pour tout le monde. Nous sommes un brin fatigués par l’état de la mer. Nous identifions trois trains de houles qui se croisent. L’un vient du Nord, alimenté par les dépressions qui se succèdent sur l’Atlantique Nord (et vous envoie les temps perturbés en Europe), l’autre vient naturellement du NE, la direction générale de l’Alizé (et il est plutôt bienvenu pour nous pousser par derrière) et le dernier vient bizarrement du SE sans que nous arrivions à comprendre d’où il vient puisqu’il n’y a pas de vents de SE sur la zone… Quel que soit l’angle que nous prenons par rapport au vent, il y a toujours un train de vague sur le travers qui nous fait basculer en permanence d’un côté sur l’autre. Heureusement que nous sommes en catamaran car ce serait encore pire en monocoque.
Voici les grains !
Avant de déguster les croques-monsieur que Magali a préparé, nous préparons les voiles pour la nuit. Comme hier, nous anticipons que le vent va monter cette nuit et repassons donc sous solent en roulant le gennaker tous ensemble.
Vers 20h, un nouvel ingrédient vient pimenter la nuit de veille : le grain. Le grain est un nuage pluvieux qui est donc en train d’expulser de l’air plus froid tout autour de lui, tout en étant propulsé par les vents d’altitude plus ou moins dans la direction générale du vent. Ils peuvent ajouter jusqu’à une dizaine de nœuds de vent au vent général (qu’on appelle synoptique) à l’avant, et le faire tourner de quelque dizaines de degrés en le renforçant (sur le côté) ou bien le réduire à presque rien (derrière).
Nous pouvons voir ces phénomènes au radar à quelques dizaines de milles, donc quelques dizaines de minutes avant qu’ils ne nous atteignent. Leur taille est de 1 à 2MN et ils « vivent » environ 40min à une heure. L’idée étant d’éviter au maximum de se retrouver pile dans leur alignement (et donc d’avoir un très fort renforcement du vent, suivi de pluie, suivi d’un très fort affaiblissement du vent. Tant qu’il ne sont pas orageux, ce n’est pas très dangereux, mais ça peut nous obliger à manœuvrer pour réduire et renvoyer de la toile, ce qui n’est pas facile la nuit en équipage réduit.
Il existe aussi des grains « aspirants » (quand ils ne sont pas encore pluvieux. Leur effet est inverse, ils « aspirent » de l’air réchauffé, à vitesse plus réduire (5-6nds) et c’est le stade avant le grain pluvieux. Et des grains orageux, beaucoup plus étendus et violents, qui peuvent facilement doubler le vent établi. Nous espérons éviter ceux-ci car la situation actuelle sur l’océan ne paraît pas propice à une telle absorption d’énergie par les nuages.
Pendant la nuit, le veilleur jouera donc au bingo des grains, marquant leurs positions toutes les dix minutes pour visualiser leur trajectoire et le risque par rapport à la nôtre. Ça occupe !
Mieux vaut prévenir
Au milieu de la nuit, nous empannons pour profiter du vent qui a tourné vers l’E pour « descendre » après avoir longé la grande plaque de sargasses pendant deux jours. Comme prévu le vent monte ensuite et pendant le quart d’Antoine, il se rend compte que le gennaker n’est pas parfaitement roulé, une petite poche est en train de se former, comme le premier jour de la transat. Magali est vite réveillée et nous rangeons le gennaker dans son sac dans la soute. Le vent était trop fort pour essayer de dérouler enrouler tous les deux. Ce sera un peu plus difficile de repasser sous gennaker plus tard mais comme souvent en bateau, il vaut mieux faire un effort tout de suite que de laisser une situation dégénérer et faire un gros effort plus tard. De toute façon, le vent est prévu fort pendant la journée du lundi 23 décembre, donc nous avons au moins 24h sans gennaker devant nous.
Comme d’habitude maintenant, les veilleurs se reposent en alternance le matin. Aujourd’hui dimanche 23 décembre, nous avons franchi 47° W donc nous changeons à nouveau d’heure. A midi, il est à nouveau 11h du matin. Nous sommes maintenant sur le fuseau horaire UTC-3h. Nous essayons en permanence de trouver le bon angle par rapport au vent et aux vagues mais Loela est bien secoué. Nous avançons notre petit bonhomme de chemin quand même et nous avons encore parcouru 191MN à 17h UTC (14h pour nous). Il nous reste environ 800MN à parcourir, ce qui devrait nous prendre 4 ou 5 jours selon le vent et sa direction. Il se pourrait bien qu’il faiblisse dans les jours à venir.


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