Pour couper la route entre la Martinique et la Guadeloupe nous allons faire une escale en Dominique. Christophe Colomb a découvert l’île un dimanche et l’a donc nommé Dominica. Sur les conseils de Stardust, Magali a contacté un guide local pour nous faire visiter l’île. Elle a du mal à se faire comprendre mais nous devrions voir plein de choses, laissons nous porter.
Traversée épique Martinique – Dominique
Mercredi 19, réveil 5h30 pour partir à 6h de Saint Pierre au lever du soleil. Il n’y a pas de vent jusqu’à la pointe nous partons au moteur puis nous glissons sur la mer plate sous voile. Arrivés à la pointe nord de la Martinique le vent et les vagues se lève. Nous filons à vive allure dans le canal à une moyenne de 11 noeud, nous déposons un autre cata parti en même temps que nous. Le vent rafale beaucoup jusqu’à 34 nœuds. Nous prenons 2 ris dans la grand voile et un ris dans le solent quand ça monte trop. À 10h nous abordons l’ouest de la Dominique avec ses hautes montagnes. Entre la montagne Pelée de la Martinique et les sommets de la Dominique nous comprenons pourquoi le vent s’engouffre et accélère beaucoup entre les 2.
À l’abri de l’île, les vagues se calment mais des grains déferlent. Nous continuons à avancer à toute allure avec une pointe à 15 nœuds juste après le passage de la pointe. Après la pluie c’est calme plat pendant quelques dizaines de minutes alors nous relâchons les ris et nous nous demandons si on doit mettre le code zéro. Quand tout est sorti, évidemment le vent repart. On passe devant la capitale Roseau, Stardust nous avait déconseillé l’escale du fait des odeurs d’égout et effectivement à quelques miles de la ville on le sent déjà. Donc nous continuons vers le nord.




Une heure après Antoine voit des bidons flottants signalant un casier, il essaie de l’éviter mais le bout est tellement long qu’il flotte sur une grande distance. Et bien sûr nous nous le prenons sous la coque du bateau. Nous traînons 3 bidons et certainement le filet qui va avec. Magali arrive à remonter les bidons sur la jupe arrière mais le bout est coincé dans le safran bâbord… il va falloir plonger pour le décoincer! Nous réveillons Arthur pour maintenir le bateau face au vent et tenter de s’arrêter mais il y a trop de vent et le safran bloqué empêche de diriger le bateau. Nous ne pouvons démarrer le moteur car le bout risque de s’emmêler dans les hélices. Nous affalons les voiles pour nous arrêter et se laisser dériver.
Nous commençons par attraper le bout du côté tribord pour le remonter à bord, puis nous coupons à bâbord juste après les bidons que nous rattachons à tribord avant de couper et larguer la ligne avec les bidons du bon côté. Il nous reste quand même quelques mètres de bout coincé entre le safran bâbord et la dérive tribord (qui a avalé le bout quand nous avons essaye de la remonter pour nous libérer). Il va falloir aller voir sous le bateau…
Antoine s’attache avec un bout et plonge pour démêler tout ce bazar. Après plusieurs efforts le bateau est libéré, Antoine remonte à bord avec le bout et nous pouvons repartir. Dans notre aventure nous avons eu la chance de ne pas avoir de grain qui nous arrive dessus en plus.
Nous continuons notre route vers le nord. À l’approche de la baie de Portsmouth des nuages gris s’amoncellent et le vent monte. Nous filons à vive allure. Là pluie arrive aussi et nous sommes déjà dans le mouillage, il faut affaler les voiles et trouver une place sous la pluie. Nous préférons ne pas prendre une bouée car un Outremer a eu une mésaventure ici même : dans la nuit le câble qui relie la bouée au bloc de béton au fond de la mer a cassé et le bateau est parti vers les rochers. Il n’y avait personne à bord, heureusement les voisins sont venus avec leurs annexes pour rattraper le bateau et un skipper d’un autre Outremer est monté à bord, a réussi à démarrer les moteurs et jeter l’ancre avant que le bateau ne se fracasse sur les rochers. Nous sommes refroidi par cette expérience et préférons jeter l’ancre à l’écart des autres bateaux sur bouée.
Les nuages sont scotchés toute l’après-midi au-dessus de nous avec de bonnes pluies. Nous restons sur le bateau pour travailler. Antoine passe entre deux averses à la douane pour s’acquitter des formalités d’entrée et de sortie. Ici on peut faire tout en même temps si on reste moins de 14 jours.

À la tombée du jour un dauphin vient s’amuser autour de nous, nous profitons du spectacle avant de se coucher tôt. Demain réveil à 6h pour partir en excursion à terre à 7h !!!
Grande journée de découverte de l’île
Jeudi 20 février nous sonnons le clairon à 6h30 car à 7h Elvis vient nous prendre dans son bateau à moteur pour visiter l’Indian River. C’est un fleuve saumâtre au milieu de la mangrove et de la forêt. Les indiens Kalinagos vivaient là avant d’être repoussés vers le nord ouest de l’île. Nous glissons sur les eaux calmes, Elvis nous montre les plantes, les oiseaux et les iguanes qui peuplent les lieux. Les racines des palétuviers sont impressionnantes. Nous débarquons dans un bar perdu dans la mangrove et continuons la découverte des fleurs exotiques dont le gingembre sauvage qui n’est que décoratif et l’hibiscus dont on fait du shampooing avec les feuilles. Au retour nous passons devant les lieux de tournage du film Pirates de Caraïbes 2 et 3, ça nous donne envie de les regarder ! Elvis nous explique aussi les ravages de l’ouragan Maria en 2017. Tous les toits se sont envolés et les branches hautes des arbres aussi. La voûte végétale au-dessus de la rivière se reconstitue progressivement.











Elvis nous dépose au ponton et nous présente Arlington qui va nous faire faire un tour de l’île dans son minibus. Il nous propose un programme de visites : cascades, village des indiens et chocolat.


La route monte en lacet dans les montagnes. Arlington nous présente son île aux 365 rivières. L’eau est partout et d’ailleurs il pleut abondamment. À part le tourisme l’île produit beaucoup de fruits et légumes qu’ils exportent dans les îles voisines. Les routes sont entretenues par chaque village, ce qui donne du travail aux personnes au chômage. Nous voyons des équipes payées par le gouvernement qui coupent les herbes et plantent des arbustes et fleurs colorées. Nous grimpons dans la montagne jusqu’à l’entrée d’une première cascade aménagée. Nous payons quelques dollars caribéens pour accéder à un escalier qui s’enfonce dans la forêt. En quelques minutes nous arrivons en bas d’une belle cascade où on peut se baigner. Mais la pluie nous dissuade de sortir les maillots de bain. Nous restons à l’abri de nos cirés à admirer le paysage naturel verdoyant et humide.



Nous remontons en voiture et étalons nos manteaux. Il ne fait pas froid mais c’est humide. Nous atteignons ensuite la célèbre Emerald Pool. Le billet de l’Indian River est aussi valable ici. Nous marchons sur un joli chemin aménagé jusqu’à la cascade. La pluie s’est arrêtée et cette fois nous sommes super motivés pour nous baigner. Nous nous changeons sur les pierres et nous descendons dans la piscine au milieu des plantes luxuriantes. L’eau est fraîche et le courant de la chute d’eau impressionnant. Mais on est très fier d’avoir fait cette expérience !







Nous prenons l’ancien chemin pour le retour et nous pouvons ainsi admirer des points de vue magnifiques sur les montagnes verdoyantes d’où sortent des brumes (peut-être d’autres chutes d’eau).



Nous traversons la montagne vers l’est pour aller déjeuner sur la côte -Atlantique. Arlington nous dépose à un petit restaurant improbable mais avec une vue superbe sur l’océan. Nous dégustons en entrée des frites de bananes plantain avec une sauce au curry délicieuse puis du poulet, du colombo et du poisson accompagnés de légumes variés. C’est épicé mais revigorant.

Nous remontons ensuite le long de la côte est vers la réserve des indiens Kalinago. Le gouvernement leur a donné ces terres où seuls les Kalinagos peuvent s’installer. En fait ça ressemble à tous les autres villages de l’île, même confort et même style. Nous allons en apprendre plus sur ce peuple en visitant le « Village Kalinago ». Un guide nous fait faire le tour du jardin de la réserve. Nous découvrons les plantes qu’ils utilisent pour leur alimentation mais aussi pour se soigner et faire des bijoux. Une belle cascade coule jusqu’à l’océan et l’eau rejoint le fracas des vagues. Nous achetons quelques souvenirs dans les huttes traditionnelles.










Notre dernière étape est la visite de la « Chocolate Factory ». Un producteur local a développé un atelier de chocolat. Un jeune homme nous explique tout le processus. D’abord la plantation des cacaotiers avec les minuscules fleurs qui se transforment en cabosses en 6 mois. Quand les cabosses sont mûres (jaunes), ils extraient les fèves et les mettent dans une grande caisse percée. Les fèves ferment pendant une semaine. Il faut les brasser régulièrement pour homogénéiser la température. Le vinaigre de chocolat est récupéré à travers les trous de la caisse. Quand la température se stabilise il est temps de faire sécher les fèves au soleil mais protégées de la pluie sur de grands plateaux. Au bout de quelques jours les fèves sont prêtes pour la fabrication du chocolat. Tout d’abord les fèves sont torréfiées à 120 degrés pendant 45 minutes dans une étuve. Puis elles sont broyées grossièrement et la peau plus légère est aspirée. Ils vendent la peau en tisane car rien ne se perd. Ensuite la poudre est malaxée à une température bien précise et pendant plusieurs heures pour former la pâte de cacao. Additionnée de sucre et de différents arômes, la pâte de cacao est refroidie de manière très contrôlée jusqu’à la température où elle cristallise en mono-cristaux qui font le chocolat onctueux comme on l’aime puis coulée dans des moules de tablette. Enfin les tablettes refroidissent lentement et sont démoulées et empaquetées. Dans cet atelier ils fabriquent 20 000 tablettes par an d’une dizaine de parfums. Nous apprécions grandement la dégustation et repartons avec nos coups de cœur : chocolat lait, chocolat orange, chocolat salé et chocolat avec des morceaux de fèves.













Le retour en voiture est calme : tout le monde se repose de ces excursions variées. Nous passons devant le chantier titanesque du nouvel « aéroport international » en cours de construction, semble-t-il par des entreprises chinoises. Nous nous interrogeons sur la pertinence de cet investissement qui semble colossal pour une île dont la population de 70 000 habitants est plus petite que Poitiers et qui dispose déjà d’un aéroport (certes plus petit)…
Nous retrouvons Elvis sur le ponton qui nous ramène au bateau. Après une bonne douche chaude et un chocolat chaud (on se croirait au ski mais sous la pluie), nous allons nous coucher sans demander notre reste.

Cette escale rapide en Dominique aura été une belle découverte grâce aux habitants qui nous ont fait découvrir leurs merveilles. Nous constatons tout de même la différence de niveau de vie entre les anciennes colonies anglaises indépendantes très pauvres et les départements français voisins qui bénéficient d’un niveau de vie plus élevé grâce à l’appui de la métropole.



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