Saison 4 Ep 13 : Grand vent sur Turques et Caïques

Nous quittons les BVI en direction des Bahamas, mais, pour couper la route, nous allons nous arrêter aux îles Turques et Caïques ou Turks and Caicos en anglais. C’est également une colonie britannique comme les BVI, également principalement visitée par les américains. Ces îles sont très plates (altitude max 49 mètres) car ce sont les parties émergentes de grands plateaux sédimentaires appelés Banks. Des kilomètres carrés de fond très peu profonds (1 à 5 mètres de profondeur) et parfois des îles ou bancs de sable. Il faut faire très attention en navigation de ne pas s’échouer d’autant plus que les cartes ne sont pas précises.

Traversée en duo BVI – Caicos

Samedi 22 mars 8h les skippers débarquent avec l’intention d’acheter du pain frais à la « bakery » repérée (fermée) la veille au soir et de faire la clearance (checkout) à l’ouverture du bureau des douanes et de l’immigration. Matthew fait le ramassage avec son annexe. Antoine débarque avec Dennie et lui au ponton du bar comme la veille. Ils se rendent à la bakery, pleins d’espoirs pour alimenter les équipages d’un petit-déjeuner juste sorti du four… Surprise ! La « Bakery » n’a rien à voir avec une boulangerie française ou même anglaise ou néerlandaise ! L’étalage ressemble à celui d’un snack pas très frais avec des fritures en vitrine. A la demande « do you have bread? » (Avez-vous du pain?) les deux vendeuses se regardent d’un air perdu et la plus ancienne répond « no, but we have croissants » (non, mais nous avons des croissants) en sortant un sachet ou 3 croissant anti-déluviens se battent en duel. Matthew tâte brièvement le produit avant de refuser poliment même si les deux dames insistent sur le fait qu’il sont du jour… Il dira ensuite qu’ils étaient durs comme du bois !! Belle déception au réveil.

Reprenant l’annexe pour retraverser la baie vers les bureaux de l’administration, ils essayent de débarquer sur le dinghy dock juste à côté où une dame revêche insiste pour leur faire payer 5$ s’ils n’achètent rien ! Matthew repart et se fait déposer par Jakob un peu plus loin. A 8h15 Antoine et Dennie sont les premiers devant la porte du bureau des douanes. Quand il ouvre à 8h30, deux locaux se précipitent pour passer devant, déclenchant l’ire de Dennie qui proteste en demandant à passer devant puisqu’ils faisaient la queue devant la porte. Les locaux agonisent immédiatement d’injures Antoine et Dennie en expliquant qu’ils étaient là avant même s’ils ne faisaient pas la queue devant la porte. C’est un grand moment d’incompréhension entre les peuples. La coutume ici semble d’attendre « dans la zone » sans nécessairement indiquer aux nouveaux arrivants qui fait déjà la queue, alors que la coutume aux Pays-Bas est de faire la queue en ligne devant la porte… Après quelques minutes et les interventions de Matthew et d’Antoine et les explications de Dennie, la tension retombe et c’est heureux car ils devront attendre plus de 30 min le trésorier qui a manifestement eu une panne de réveil et se pointe après 9h… Ils seront quand même bien contents d’être arrivés avant tous les charters et les skippers qui viennent des USVI à la journée et débarquent en masse au bureau entre 9h et 9h30. Ces américains ne semblent pas réaliser la chance qu’ils ont de pouvoir faire les formalités aussi simplement alors que les formalités pour entrer aux USA pour les non-citoyens des USA sont extrêmement dures et compliquées (impossible de rentrer sans visa avec un bateau privé par exemple)… Après le paiement de la sortie, Jakob qui attendait devant, récupère les 3 skippers pour les distribuer à bords des 3 bateaux et nous levons l’ancre.

Nous partons au moteur jusqu’à nous dégager de la protection de l’île de Jost Van Dyke car le vent vient de l’ENE. Magali cuisine nos traditionnels repas de début de traversée pendant qu’Antoine informe ses parents de notre départ pour 3 jours de traversée. Quand soudain… c’est le drame, nous sommes sortis de l’abri de la houle et les premières vagues font valser le plat de lasagnes tout juste préparé à terre depuis le comptoir de la cuisine. Le plat en pyrex n’y résiste pas et explose par dessus les lasagnes. Nous perdons donc deux repas et notre plat ! Magali est effondrée !

Nous suivons Apsara de près, Matthew sur Keep Kool allant à Porto Rico, nous allons naviguer en duo avec Apsara pendant 3 jours. Nous commençons pas dérouler le solent le temps d’évaluer la force et la direction du vent mais nous passons rapidement sous gennaker et avançons bien en ligne directe vers notre destination. Entre nous et l’arrivée, 3 bancs affleurent plus ou moins la surface de la mer, nous décidons de passer au large au Nord de ces bancs pour ne pas prendre de risque ni avec l’état de la mer, ni avec le fond, comme certains navigateurs pourtant très expérimentés !

Nous avions déjà expérimenté une fois la navigation en duo avec ILO de Torrevieja à Gibraltar à travers la mer d’Alboran. Nous avions beaucoup apprécié cette expérience pendant laquelle nous pouvions nous parler à la VHF tout du long et échanger sur nos stratégies de route et nos réglages. Avec Apsara, nous avons exactement le même bateau et les mêmes voiles, nous devrions pouvoir rester à vue pendant ces trois jours.

Nous déroulons une ligne sur laquelle se jette une petite bonite avant même que nous n’attaquions le déjeuner ! Elle pourra nous faire un repas mais pour ce midi, c’est repas de fête avec bavette à l’échalotte. La bavette que Magali avait trouvée en Guadeloupe périmant aujourd’hui.

Après le déjeuner, nous roulons le gennaker car le vent montant arrivons en haut de sa plage d’utilisation. Apsara, que nous avions un peu laissé derrière, nous rejoint et roule aussi son gennaker. Nous passerons la nuit ainsi, avec Grand Voile et Solent mais, au petit matin, nous déroulons à nouveau notre grande voile orange… avant de l’enrouler à nouveau un peu avant midi le deuxième jour car le gennaker d’Apsara s’est déchiré le long de la bordure. Nous gardons donc la même configuration qu’eux pour ne pas prendre trop d’avance. La navigation passe en mode très très tranquille puisque nous n’avons que peu de toile par rapport au vent qui ne dépassera pas 20nds jusqu’au soir lendemain soir. Nous pêchons un petit thon noir que nous ferons en partie en ceviche le soir.

Nous sommes trop lents pour arriver de jour à Grand Turks donc nous décidons de ne pas nous arrêter. Etant donné notre vitesse, nous devrions arriver au lever du jour devant l’entrée du mouillage du mouillage où nous attend Malea sur Providenciales. C’est sans compter le vent qui décide de forcir au début de la nuit jusqu’à 25nds établis avec une prévision de rafales à 30nds voire plus. Nous ralentissons en prenant 2 ris et et roulons un peu le solent pour arriver de jour devant la passe (le « cut ») du mouillage. La dernière nuit est agréementée d’un empannage pour passer derrière l’île de North Caicos. La mer se calme progressivement et le soleil se lève alors que nous arrivons devant le récif où nous rangeons les voiles avant de nous diriger au moteur dans notre première passe de récif. Les couleurs de l’eau sont incroyables et variées toutes en nuances de bleu de l’outre-mer au turquoise presque jaune !

Mardi 25 mars matin nous jetons l’ancre derrière Malea. La première fois que nous jetons l’ancre nous n’arrivons pas à nous arrêter, l’ancre n’a pas dû s’accrocher dans le sable. Nous la remontons et comprenons le problème : l’ancre s’est bloqué sur un amas de corail que nous remontons intégralement ! Impossible de le débloquer. Nous mettons l’annexe a l’eau et Arthur et Alice vont accrocher un bout sur l’ancre pour la faire basculer. Cela fonctionne ! Nous rejetons à la mer le seul caillou du chenal !!! Nous pouvons à nouveau jeter l’ancre dans le sable, ça marche beaucoup mieux.

Retrouvailles gourmandes avec Malea

Dès l’arrivée, nous recevons un message de Malea : nous sommes tous invités sur Malea pour un petit déjeuner pancakes. Nous nous régalons ! La dernière fois que nous avions croisé Malea c’était aux Grenadines.

De retour au bateau nous remettons les cabines en forme « standard » pour la vie en escale. Les grands se reposent de leur petite nuit de quart pendant que les plus petits recommencent l’école. Dennie et Antoine vont déclarer leur arrivée à la douane à la marina proche : ils doivent payer $30 pour laisser l’annexe au ponton !!! Mais nous sommes en règle pour une semaine (si nous restons plus longtemps il faudra payer $300, ça ne motive pas à s’attarder ici)

Pour finir notre journée gourmande, nous nous retrouvons tous au restaurant de la marina à 18h. Il y a beaucoup de vagues au ponton, les annexes dansent dans tous les sens. Les skippers négocient avec le vigile une place gratuite au ponton carburant mais pas mal secouée. Heureusement nous nous réconfortons avec un bon repas : Burger, nuggets, pizza et salade ravissent tout le monde.

Jeux d’eau dans le lagon

Mercredi 26 mars pour la récréation du matin Dennie installe une ligne depuis le mât d’Apsara pour sauter comme la semaine dernière. Tous les enfants s’amusent à décoller puis plonger. Il y a du courant dans le chenal entre les îlots alors ils ajoutent un bout flottant sur l’eau à l’arrière pour faciliter le retour à la nage vers le bateau.

L’après-midi direction le floating bar : c’est une barge installée au milieu du lagon avec seulement un mètre de profondeur. Il y a des jeux gonflables et balançoires sur l’eau pour les enfants (et les grands). Nous mettons les annexes à l’ancre et marchons dans l’eau jusqu’au bar … maillot de bain obligatoire ! Les cocktails sont à $25 alors on prend juste un Sprite et un jus de fruit. Les enfants peuvent alors s’amuser pendant que les parents discutent quand la musique n’est pas trop forte.

Nous mettons ensuite le cap sur Iguana Island. Comme son nom l’indique cette île de sable est peuplée d’iguanes. En marchant au soleil nous en approchons plusieurs qui se réchauffent au soleil en cette fin d’après-midi. Nous continuons notre chemin vers la grande plage de sable blanc. Martin trouve un tronc de palmier que les enfants vont planter dans le sable au nord de l’eau. Aucune chance qu’il renaisse mais il va nous servir de poteau à défi : il faut former une boule de sable puis se placer à 3 mètres du poteau et lancer sa boule pour qu’elle atterrisse sur le sommet du poteau. Le premier qui y arrive aura un gros paquet de M&M’s ! Au bout de nombreux essais c’est Antoine qui pose sa boule sur la tête du tronc.

Une dernière marche le long de la plage et le soleil se couche déjà. Il est l’heure de rentrer avant la nuit car il faut surveiller les fonds pour ne pas s’échouer ou abîmer le moteur de l’annexe sur les têtes de corail au fond de l’eau.

Découverte de l’île de Providence (américaine ?)

Jeudi 27 mars c’est le jour des courses et lessives grâce à la voiture de location que nous prenons en commun (c’est moins chers que le taxi $25 par personne l’aller simple !!!). Nathan, Lana, Dennie et Magali partent à terre pendant que les enfants restent sur les bateaux avec Antoine et Babette. Sur le parking de la marina nous récupérons la voiture de location avec le volant à droite (nous sommes sur une île britannique). Nathan fait bien attention de rouler à gauche ! Nous longeons la route de l’île bordée de ressorts tous plus chics les uns que les autres jusqu’à l’hôtel 5 étoiles Ritz-Carlton et son casino. C’est vraiment étrange cette conception du tourisme américain qui reproduit ce qu’ils ont chez eux sur une île déserte. Nous arrivons enfin au seul supermarché du coin (sinon ce sont de petites échoppes très peu achalandées). J’essaye d’acheter les produits essentiels et le plus local pour les fruits et légumes, mais la plupart viennent directement des US avec les prix qui vont avec mais pas beaucoup plus cher qu’aux BVI. Le gros paquet de M&M’s est à $33, Antoine n’aura pas son lot promis au gagnant du lancer de boule de sable sur poteau 😥.

Le retour au bateau en annexe se fait face au vent et en plus beaucoup plus chargés qu’à l’aller. Nous sommes complètement trempés par les vagues. Heureusement les provisions et le linge étaient dans des sacs plastiques.

L’après-midi Antoine et Magali vont sur l’Outremer 55 Moonshot qui est ancré juste à côté de nous. Nous partageons nos idées de mouillages et routes vers les Bahamas avec Olivier et Pascale qui vont aussi y aller. La communauté des Outremer est vraiment un atout incontestable, chaque fois que nous en croisons un, nous nous échangeons conseils et bons plans. Nous découvrons aussi les sandy dollars (on en reparlera plus tard !) qui peuvent se trouver à marée basse sur les bancs de sables bien exposés…

Le soir, nous sommes de sortie à une fête locale « Fish Fry ». Nous nous équipons de nos manteaux de cirés pour arriver sec à terre. Nous nous entassons dans la voiture de location qui fait deux tours pour amener tout le monde au centre de l’île. Un orchestre de country déverse sa musique sur les stands de restauration et de souvenirs. Nous constatons les effets de la mondialisation car nous trouvons exactement les mêmes objets que ceux vendus à Ibiza, Tanger, Grenadine ou Martinique et Guadeloupe. Ils sont juste deux ou trois fois plus chers… ça c’est l’effet des riches touristes américains qui viennent ici. Nous n’avons pas du tout envie d’acheter de souvenirs made in China.

Nous commandons à manger au barbecue avec la moins longue queue (ils vendent tous la même chose de toute façon). Une petite danse au son du rock’n roll et il est déjà l’heure de rentrer. Nathan vient nous chercher. Nous sommes 7 dans notre annexe et le vent souffle ce soir. Les vagues volent et nous mouillent de la tête aux pieds même sous nos manteaux. Ça commence à nous énerver d’être tous mouillés dès que nous allons à terre… il est temps de penser à la suite du voyage.

Quel programme pour la suite ?

Vendredi 28 mars il y a beaucoup de vent et des averses de pluie, nous restons donc au bateau toute la journée et avançons les cours. Nous étudions le programme de navigation des prochaines semaines vers les Bahamas en fonction de la météo, des îles que nous voudrions découvrir et des bateaux que nous voulons rencontrer. Ça fait encore beaucoup d’hypothèses qu’il va falloir assembler …

Notre mouillage est le seul bien protégé des vents de l’est, nous sommes entre plusieurs ilots de mangrove. Malgré le vent il n’y a pas de vagues. Mais c’est aussi le paradis des jet-skis qui s’amusent à slalomer autour des bateaux et qui nous font des vagues mécaniques. Il y a même des jet-skis déguisés en voiture de luxe !

Samedi 29 mars il y a encore du vent et de la pluie, pas envie de se faire tremper dehors. Dennie et Babette viennent prendre le café et nous décidons de notre route et de nos prochaines escales aux Bahamas : nous allons partir avec eux vers les Ragged Island pendant quelques jours. Mais il faudra qu’on reste tout proche d’eux au mouillage pour profiter de leur connexion internet Starlink le temps que nous arrivons à la première ville où nous pourrons acheter une carte SIM des Bahamas. Notre réseau Digicel que nous avions depuis la Martinique ne couvre les Antilles que jusqu’aux Turques et Caïques. Malea va partir en même temps mais eux doivent rejoindre directement Nassau pour retrouver des amis.

Nous voulons partir demain matin dès 8h, il faut donc faire le check-out ce soir pour être tranquille. Par contre, la douane est partie de la marina toute proche (Blue Haven Marina). Antoine et Dennie appellent une autre marina plus au sud (Turtle Cove Marina) pour organiser le rendez-vous douane et immigration. Heureusement qu’ils ont encore la voiture de location jusqu’à ce soir. Les 3 skippers arrivent donc à 16h30 à la marina, ils paient chacun 30$ pour que la marina fasse venir le préposé des douanes (même pas un prix de gros pour 3 bateaux regroupés 🙄). En attendant ils boivent un verre devant le bureau. Au bout de 2h personne n’est arrivée et la marina a fermé sans les prévenir de l’arrivée éventuelle des douaniers. Ils sont dépités. Pour rentrer avant la nuit ils repartent sans le précieux papier. On n’a pas besoin de ce papier pour rentrer aux Bahamas mais si le bateau revient aux Turques et Caïques on risque une grosse amende avec saisie du bateau ! Ça refroidit surtout quand ils ont déjà payé 90$ !

Le lendemain Antoine rappelle la Turtle Marina dès l’ouverture à 7h pour qu’ils fassent venir la douane au plus tôt. Ils acceptent, sans doute un peu embêtés de nous avoir fait payé sans avoir fourni le service. Nous n’avons plus de voiture mais c’est sur la route des Bahamas, alors nous y allons en bateau. C’est assez compliqué car il faut sortir de la barrière de corail faire quelques milles, puis entrer dans une passe étroite de la barrière de corail et enfin zigzaguer entre les rochers affleurants jusqu’au plus près de la marina. Antoine a les yeux rivés sur la carte et Magali surveille les fonds à l’avant. Nous préférons jeter l’ancre à un endroit un peu plus profond et finir le trajet vers les bureaux en annexe. Les 3 skippers sont sur place à 9h et à 10h ils ont enfin le fameux papier en se délestant également de quelques dizaines de dollars supplémentaires. Mais nous pouvons enfin partir vers notre destination rêvée des Bahamas.

Nous sommes un peu déçu de cette étape aux Turques et Caïques. Le vent fort ne nous a pas permis de la découvrir davantage. Nous avons été coincé dans notre mouillage et les trajets humides en annexe nous ont un peu découragés. Enfin les tarifs des douanes sont prohibitifs pour nos bateaux européens. Ils profitent trop des riches touristes américains. Nous sommes contents de partir vers les contrées sauvages des Bahamas.