Transat retour J5 – Après le front, ça freine

La journée d’hier a encore été rapide avec 225MN parcourus en 24h. Aujourd’hui ça ne va pas du tout être la même chose. L’équipage est bien fatigué par les nombreuses manœuvres de la nuit, malgré l’anticipation pour réduire et par les vagues qui secouent abondamment le bateau.

Les vagues sans le vent !

D’autant qu’à partir du déjeuner le vent retombe de plus en plus. Magali attend la fin de la petite sieste d’Antoine pour enlever le deuxième ris à 15h mais le bateau a déjà bien ralenti car le vent est tombé à moins de 18nds alors que la configuration est faite pour plus de 26nds. Une heure plus tard, Antoine passe face au vent et aux vagues pour enlever le premier ris tout seul car le vent ne remonte plus.

Cependant, les décisions de renvoyer de la toile ne sont pas facile à prendre car le vent est très instable et nous pourrions avoir des grains qui augmenterait de 5 à 10nds la force du vent. Nous naviguons donc sous-toilés. Or sans vitesse, les vagues nous secouent plus fort et plus souvent. Et comme les vagues grossissent encore à cause du vent qui souffle encore derrière nous et au Nord, nous sommes bien secoués mais nous n’osons pas encore dérouler le gennaker.

Tout l’équipage est allongé et dort ou lit. Au grand dam de Mathilde qui se verrait bien jouer avec quelqu’un. Nous sommes désolés pour elle mais fiers de sa patience. Ils regarderont des dessins animés de Tom et Jerry une bonne partie de l’après-midi avec Martin pendant que Antoine et Magali enchaînent les siestes en cherchant la sortie de ce piège agité !

Le bout du tunnel au bout de la nuit

Magali prépare encore un repas simple avec des raviolis au fromage pour le dîner et tout l’équipage est content de reprendre des forces. Magali Martin et Mathilde vont vite se coucher. Antoine prépare la nuit avec Alice. Nous faisons un peu de moteur (1h30) pour recharger les batteries qui ont eu du mal à se recharger sous les nuages de la journée. Plus par précaution que par besoin absolu car elles étaient quand même au dessus de 50% et nous consommons moins de 30% par nuit.

Nous empannons encore une fois pour essayer de retourner vers le nord où devrait se trouver le Gulf Stream dont nous avons perdu la trace pendant le passage du front. Normalement il est très détectable avec un courant supérieur à 2nds portant vers l’Est mais nous ne le retrouvons pas du tout aux endroits où il est censé être sur les prévisions. C’est la magie des turbulences en mécanique des fluides. On arrive à prédire environ où il pourrait être mais pas avec certitude et nous avons perdu son dernier méandre qui devait nous propulser vers notre destination.

Antoine pensait que les grains ferait augmenter le vent mais cette nuit c’est l’inverse. Dès le premier grain, Alice se retrouve bloquée avec très peu de vent sous la pluie. Nous sommes plutôt contents de la pluie qui rince le bateau mais on avance plus, dans le noir total sous les nuages et avec des grosses vagues. Le cocktail mal de mer parfait. Antoine sort de son repos pour remettre le bateau en route en lofant. Avec cette nouvelle consigne, Alice se sortira de plusieurs autres grains mais le mal de mer s’est bien installé. Heureusement, Arthur pourra prendre le relais à 22h30 et finir le quart jusqu’à 1h du matin.

Magali enchaîne mais le vent est tellement tombé qu’elle réveille Antoine à 2h30 pour remettre le gennaker. Comme nous n’avons pas trouvé non plus le Gulf Stream au Nord, nous empannons avant de dérouler notre grande voile orange. Cette fois nous reprenons, un peu, de la vitesse et presque dans la direction du prochain point de passage prévu avec le routeur.

Au lever du soleil, nous filons 8nds dans une mer qui s’aplatit progressivement et sous un ciel clair au sud malgré la barre de grain qui passe au Nord. Le courant semble s’accélérer aussi et la température de l’eau remonter un peu. C’est bon signe alors qu’Antoine prend son quart.

Ce qui nous attend ces prochains jours

Une bonne partie de son quart est consacré à récupérer des infos météo pour prévoir la suite du parcours. La situation météo idéale prévue sur tout le parcours au départ a beaucoup évolué pour les jours à venir. Une dépression va venir casser en trois morceaux le bel anticyclone qui nous poussait à toute vitesse sans vagues. Cela va générer d’abord des zones sans vent puis un nouveau front à la fin du week-end. Deux choix de routes s’offrent pour traverser les calmes du 11, plus de moteur au sud mais plus loin de la dépression après et principalement au portant ou bien moins de moteur au nord et potentiellement en plein sur la partie la plus active du front ensuite. Malgré notre préférence pour la voile et le plaisir de la vitesse, vous aurez deviné qu’Antoine préfère l’option Sud. Nous allons probablement faire une journée de moteur demain mais le temps sera plus calme et de toute façon nous avons le plein de gasoil qui nous alourdit.

Le vent continue de souffler dans la matinée au point qu’il devient trop fort pour le gennaker alors que nous ressortons de ce qui était manifestement une grosse veine de courant vers le nord-est à 4nds. Nous essayons quand même d’en profiter en empannant vers le nord mais finalement nous ne sommes plus dans le courant et il monte trop nord pour que nous puissions rentrer à nouveau dedans. Le bord de retour vers le sud sera assez lent sans le courant ensuite même si nous remettons le gennaker car le vent a baissé… c’est le revers de la médaille de la déconnexion, parfois nous n’avons pas les dernières infos pour profiter de toutes les possibilités.

Mathilde est toujours la première réveillée suivi par Martin. Les vagues s’étant calmées nous pouvons manger un vrai petit déjeuner… ça fait du bien. Ensuite ils s’occupent à faire tout un tas d’origami grâce au livre d’Audrey qu’on avait scanné. Nous avons maintenant une armée de sumo devant le mont Fuji, un banc de poissons, un troupeau de cygnes, un vol de papillon, un curieux raton laveur et bien sûr une régate de bateaux à voile. Les adolescents n’émergent que juste avant le déjeuner.

Après le déjeuner, nous avons tout de même parcouru 179MN en 24h et plus de 1000MN depuis le départ en 5J. À force d’aller vite nous avons l’impression d’être à l’arrêt à 6nds ! Il nous reste 1150MN et 9J sur notre plan initial de traversée en deux semaines. Nous espérons bien arriver au moins 1J avant maintenant.