La transat retour nous a conduit des Açores à Ceuta avec un temps très agité. Nous sommes heureux d’être arrivés en Méditerranée. Nous allons donc remonter la côte espagnole jusqu’en France avec un vent qui restera contraire et autant nous avions trop de vent en Atlantique, autant la Méditerranée nous réserve des vents légers. Nous préférons avancer au maximum au moteur pour ne pas être coincé par un brusque changement de météo.
Ceuta : un fragment d’Espagne en Afrique (ou bien un fragment d’Afrique espagnol ?)
Vendredi 1er août 14h30 nous arrivons au port de Ceuta. C’est l’heure de la siesta, il faut attendre qu’un marinero se réveille pour nous placer sur le quai après une quinzaine de minutes d’attente au milieu de la petite marina. Il n’y a que 2 autres gros bateaux, nous avons largement la place. À croire que c’est une escale peu connue des navigateurs. Une fois que le bateau est bien amarré, nous déjeunons (car nous sommes restés à l’heure UTC donc 13h à ce moment). En prévision de notre arrivée Martin avait préparé une délicieuse mousse au chocolat, nous nous régalons ! Ensuite Antoine et Magali vont se coucher, épuisés par leur dernier long quart (Antoine est resté réveillé depuis 1h du matin et a barré un bon tiers du temps).
C’est la police qui nous réveille à 17h pour un contrôle d’identité : ils sont très réactif sur le contrôle de l’immigration pour les nouveaux bateaux qui arrivent. En revanche, le contrôle est succinct : papiers du bateau et passeports pris en photos par le téléphone portable du policier. Maintenant que nous sommes réveillés, nous allons au bureau du port pour nous enregistrer et payer les 2 prochaines nuits. Le tarif est plutôt attractif et le personnel très gentil.
Ceuta est une enclave espagnole au Maroc de 19 km2, l’équivalent de Gibraltar pour les anglais. C’est une zone détaxée mais il n’y a pas du tout le développement financier des anglais. C’est une ville à l’architecture hétérogène moitié espagnole, moitié arabe. Il semble y avoir un peu de tourisme mais pas autant développé que le reste de la Méditerranée. Nous traversons la péninsule à pied jusqu’à la plage où des familles jouent, mais peu de gens se baignent. Soit l’eau est un peu fraîche soit le soleil tape trop fort. Nous rentrons par les rues piétonnes et la jolie Plaza de Africa.





Magali a repéré des restaurants de tapas pour ce soir mais ils sont tous fermés jusqu’à 20h-21h. Il va falloir réserver par téléphone. De retour au bateau Magali essaie donc de les appeler mais aucun ne parle anglais… seulement espagnol ! Grâce aux applications de traduction elle peut converser par message écrit et avoir une table au plus tôt pour 20h30, on est vraiment au rythme espagnol ! Nous qui voulions nous coucher tôt…
Nous nous préparons tranquillement et rejoignons le restaurant bien à l’heure, nous sommes les premiers et il ne reste qu’une table dehors dans la rue entre les voitures. Le cadre n’est vraiment pas à notre goût pour fêter l’arrivée de notre transat éprouvante. Nous préférons changer de restaurant pour avoir une meilleure vue sur la mer. Nous réussissons à avoir une table au Picolabis Gastrobar (la « dernière » alors qu’il est 21h et qu’il n’y a encore personne).Antoine déchiffre la carte en espagnol et commande des tapas à partager, ils arrivent très vite et nous nous régalons de jambon, fromages, croquettes, thon en tartare et en sashimi. En dessert nous partageons une crème de fromage blanc au colis de fruit rouge recouvert de sucre pétillant 🤩. Nous sommes bien rassasiés avec ses spécialités gourmandes et goûtues qui nous avaient bien manqué depuis un an. (La gastronomie des Caraïbes et des USA n’arrive pas à la cheville). Quand nous partons du restaurant vers 22h, nous sommes les premiers à partir et la moitié des tables réservées seulement sont occupées : mais à quelle heure dînent les gens ici ?




Nous profitons du retour vers le port pour repérer un bon restaurant pour demain soir et réservons une place dès l’ouverture à 21h.



Samedi 2 août c’est le jour du grand ménage ! Magali part avec tout le linge sale de la transat dans 4 gros sacs. Elle tire le chariot dans la rue piétonne en montée jusqu’à la laverie Bubble en haut de la ville. Il n’y a que 2 machines et 2 sèches linge alors ça va prendre 2h de tout faire. De retour au bateau c’est le moment de dessaler l’extérieur, Magali et Alice passent le jet d’eau puis le Karcher partout. Martin et Mathilde passent la serpillière à l’intérieur. À 18h Loela est tout beau, nous pouvons aller aux aires de jeux toutes neuves le long de la mer. Bien sûr nous nous arrêtons chez le glacier pour un goûter gourmand bien mérité ! Martin et Mathilde s’amusent beaucoup dans le château puis le bateau pirates. Les grands rentrent au bateau et nous allons explorer un petit peu la ville avec Mathilde. Nous découvrons une maison étonnante surmontée de sculptures de dragons!




Nous allons déguster notre deuxième soirée tapas avec envie. Le restaurant bien nommé El Restaurante est très accueillant et en plus ils parlent anglais et français ! La terrasse est sur la place aux milieux de la végétation fleurie et de fontaines charmantes. Nous commandons du jambon, des tomates, un millefeuille de foie gras et chèvre, des croquettes, des calamars frits et une crêpe aux épinards et saumon. C’est tellement copieux que nous en emporterons pour un autre repas, mais nous nous régalons à nouveau. Nous sommes reposés et prêts pour repartir vers le Nord et l’Est.





Estepona : village balnéaire méditerranéen
Dimanche 3 août nous quittons le port de Ceuta vers 11h en ayant fait le plein d’essence au cas où nous devrions faire beaucoup de moteur. La météo annonce du vent calme et/ou de face pour la prochaine semaine, surtout de face. Nous allons devoir faire du moteur. Mais pour aujourd’hui nous avons un vent du nord est quittons souffle à 11nds. Nous pouvons mettre les voiles et avancer au près pour traverser le détroit de Gibraltar entre les cargos.
Nous apercevons des ailerons noir devant nous ! Heureusement, ils sont plutôt petits donc ce ne sont pas des orques malgré le nez rond et sombre que nous voyons sortir de l’eau peu après. Ce sont 4 globicéphales qui se reposent en surface, ouf ! Nous sommes en route de collision mais ils plongent paresseusement sous le bateau avant que nous ne les heurtions. C’est assez impressionnant ces mammifères marins qui font la moitié de la taille du bateau. Un peu plus loin ce sont quelques dauphins qui jouent dans les étraves et s’éloignent rapidement sans doute pour jouer avec les nombreux navires qui font plus de vagues que nous.
Nous tirons 4 bords à petite allure pour ne pas rentrer dans les cargos dont certains sont arrêtés en bordure du rail, ils doivent attendre des instructions. Nous devons rester vigilants en permanence car il y a de nombreux cargos, certains arrivent à 20nds. Certains quittent leur zone de mouillage (ou de dérive), d’autres s’y arrêtent. Rien ne signale les changements de direction ou d’allure, nous devons surveiller nous-mêmes en permanence. Heureusement Weather4D nous permet de voir la dernière heure de trajet de chaque bateau et cela permet de mieux se rendre compte des intentions de chacun. Mais cela reste confus quand il y a une vingtaine de bateaux qui nous « concernent » !

Initialement nous voulions aller jusqu’à Marbella mais c’est trop loin pour arriver avant la nuit et en plus la marina a refusé notre réservation et il y a quand même un peu trop de vent prévu cette nuit pour rester au mouillage à l’extérieur. Nous nous rabattons sur Estepona qui semble plus accueillante et qui nous confirme une place quand nous les appelons. Ils ont très bons avis sur Navily. Nous arrivons à 18h30 au quai d’accueil de la marina, un marinero, de service en ce dimanche soir et adorable, nous accueille et nous aide à prendre une place cul à un quai.
L’ambiance sur le port est très animé avec de multiples restaurants et bars. Antoine et Magali vont repérer les lieux et faire quelques courses au supermarché tout proche et super bien approvisionné. Nous achetons notamment de délicieuses cerises qui feront le bonheur de tous. Nous dînons au bateau de croques-monsieur et terminons par une dégustation de glaces sur le port. Les cornets sont différents ici de tout ce que nous avons vu avant, ils font des boules bien ronde avec la cuillère à glace « pince » et les superposent au sommet du cône !



Le soleil se couche et les restaurants se remplissent. Les parents profitent encore d’un bar en rooftop pour partager un daïkiri. Nous allons nous coucher pas trop tard car une navigation de 2 jours nous attend demain jusqu’à Cartagena ou même les Baléares !
Remontée de la côte sud espagnole
Lundi 4 août à 10h30 nous quittons le port d’Estepona qui commence tout juste à se réveiller. Nous sommes vraiment à l’heure espagnole ! Il faut dire que le soleil se lève vers 7h30. Nous hissons la grand voile et déroulons le solent dans le vent médium qui souffle pile de l’E à la sortie du port. Nous tirons un bord au large pour nous dégager de la côte et espérer prendre un courant favorable mais nous attendons à ce que le vent tombe assez rapidement. Il reste pas mal de vagues et nous sommes exactement face à elles donc nous essayons l’autre bord mais le vent vient exactement de l’Est la direction où nous allons.
En début d’après-midi, 4h seulement après le départ, le vent tombe en dessous de 7nds et nous décidons de ne pas sortir le code zéro car nous nous attendons à ce que le vent tombe complètement, il ne servirait que quelques minutes. Le moteur est donc démarré et nous prenons notre route face au vent à environ 4nds (donc plus vite qu’en tirant des bords à la voile dans un vent léger…) Nous affalerons même la grand-voile quelques heures plus tard car nous sommes tellement face au vent qu’elle bat avec les vagues.
Pendant toute la journée, la nuit et la journée suivante nous sommes au moteur. La nuit demande une vigilance particulière car nous sommes proches de la côte et plusieurs bateaux de pêcheurs n’ont pas allumé leur AIS. Nous nous aidons du radar et les enfants s’y mettent très bien.
La météo n’annonce aucun vent dans une direction correcte pour les 15 prochains jours. Nous préférons donc avancer tant qu’il n’y a pas trop de vagues le long de la côte. Nous passons devant Marbella, Malaga, Motril, Almeira. Le paysage est toujours le même : des montagnes rouges et au pied un bandeau d’immeubles devant les plages. Sauf après Motril où ce sont des serres peintes en blanc qui s’étalent à flanc de montagne connues sous l’appellation « mer de plastique » tellement il y en a. Nous arrivons au coucher du soleil au Capo de Gata et nous décidons de stopper pour une courte escale le temps d’une nuit de repos. Les nuits de veille sont fatiguantes même si nous ne sommes pas à la voile. Nous allons essayer de les limiter en trouvant des abris espacés d’une journée de navigation. Antoine passe un long moment à les chercher sur les applis et la carte… Ce n’est pas très simple sur cette côte, avec le vent et les vagues résiduelles qui continuent à venir de l’Est. Heureusement, derrière le cap, la mer est totalement tranquille et le vent est calme. Nous passons une bonne nuit réparatrice !





Mercredi 6 août nous nous levons au soleil levant : du vent d’Est-Nord-Est est annoncé autour du Capo du Gata ce qui devrait le renforcer potentiellement fort à très fort même si le vent général n’est que de 10 à 15nds… mais nous préférons tout de même continuer dès ce matin, et au moteur pour traverser cette zone inconfortable au plus vite. De toute façon les enfants dorment toujours. Nous longeons les montagnes très arides du cap. Étonnamment elles sont bicolores, blanches en bas et marron au dessus. Des plages de sable accessible seulement à pied par quelques randonneurs s’étalent au pied des rochers du cap. Le mouillage est maintenant interdit dans la réserve naturelle au pied du cap donc elles sont vraiment quasi désertes à cette heure matinale. Le vent est beaucoup plus fort que prévu dans les modèles, avec des pointes à 28nds et évidemment de face. Nous essayons d’avancer au moteur malgré les vagues qui se lèvent et qui salent le bateau 😱😭. Avec deux moteurs nous arrivons à avancer à environ 4nds. Sinon ce serait la même punition que dans Gibraltar, mais nous n’avons pas l’énergie pour le faire ce matin.


Après le cap, le vent et les vagues se calme un peu en allant plus au large. Sur la côte nous voyons quelques villages balnéaires entre des massifs montagneux. Les constructions sont des cubes plus ou moins hauts et toujours tout blancs. C’est un peu moins dense qu’avant Almeria. Depuis 12h30 nous avons mis les voiles ! Youpi ! Nous allons les garder quasiment toute l’après-midi. Par contre nous avions prévu de nous arrêter pour la nuit un peu avant Carthagena mais nous sommes trop lents (il aurait fallu faire 4,5nds sur la route directe toute la journée). Nous bifurquons vers les anses d’Aguilas pour arriver avant le coucher du soleil. C’est une cité balnéaire moderne autour de plusieurs anses. Nous nous dirigeons vers l’anse la plus à l’Ouest, la plus protégée, juste en face du village et celle avec le plus d’espace pour mouiller. Nous mouillons devant les pédalos et les baigneurs, à côté de nombreux monocoques. L’eau est à 29 degrés : Arthur et Magali ne peuvent s’empêcher de sauter dans l’eau. Notre dernière baignade remonte au 30 avril aux Bahamas !!!


Jeudi 7 août petite journée de navigation pour finir la journée planifiée hier. Nous partons à 11h et arrivons à 17h devant une mini crique à 10MN à l’Ouest de Carthagena. Il n’y a la place que pour trois bateaux mais malheureusement les 3 bouées sont déjà occupées quand on arrive. Nous allons donc juste à côté dans la baie de La Azohia. Au nord de la baie c’est un petit village de pêcheurs sans les habituels gros immeubles. Il y a de nombreuses petites embarcations de plages, des petits bateaux à moteur et des voiliers. Nous sommes étonnamment le seul catamaran … à croire que cette côte n’attire pas beaucoup les voyageurs ou les charters. Une fois l’ancre bien plantée dans le sable Magali va se baigner pendant que les autres se reposent à l’intérieur. À 19h30 nous descendons l’annexe pour dîner. Il y a un petit quai pour accoster et laisser l’annexe. Il y a encore foule sur la plage de galet. Nous avions repéré le seul restaurant qui ouvre avant 20h30, c’est une paillote sur la plage. Mais quand nous arrivons ils nous disent que la cuisine n’ouvre qu’à 20h30, dans une heure 😩. On ne va pas attendre autant alors nous rentrons dîner au bateau. Décidément nous ne sommes pas encore à l’heure espagnole !


Vendredi 8 août Antoine et Magali partent de bonne heure (9h !) faire de petites courses au Spar à 1 km du quai où nous déposons l’annexe. Au delà de la rangée d’habitation le long de la mer, c’est une montagne aride qui monte rapidement. On se dirait dans un paysage de western. D’ailleurs nous nous demandons où ils trouvent assez d’eau douce pour tous les vacanciers présents. Au petit supermarché nous achetons des fruits, de la salade, de la viande et du beurre pour finir la « croisière » puisqu’il reste moins de deux semaines de navigation. De retour au bateau nous levons l’ancre et hissons les voiles. Le vent d’Est-Nord-Est contourne le cap et se renforce donc sur les pointes escarpées. Nous avions pris un ris au départ, puis relâché et nous le reprenons rapidement pour continuer à longer la pointe avec des rafales à plus de 20nds. Ensuite, dans la baie, le vent redescend mais reste assez instable, canalisé par les vallées autour de Cartagena, nous pouvons tirer des bords jusqu’à l’entrée du port où nous affalons les voiles.



Nous avons prévu un arrêt express à la pompe à essence au fond de la marina où nous nous étions arrêtés en octobre dernier. La ville ne semble pas avoir changé, seule la plateforme pétrolière du port commercial est partie. Nous ne rencontrons personne malgré nos appels VHF. Heureusement la pompe est accessible en libre-service. Une heure plus tard, nous sommes ressortis et hissons à nouveau les voiles pour une traversée que nous prévoyons de 2 nuits vers Formentera, la plus proche des îles Baléares.
Nous avons ainsi fini la traversée de la mer d’Alboran 300MN en 6 jours de navigation, la moyenne est basse ! Nous partons pour les Baléares avec le plein d’essence pour parer à la baisse prévue du vent et des vagues. Même si nous n’avons pas du tout de vent, nous pourrions aller maintenant jusqu’à la Grande Motte au moteur. Mais nous espérons bien pouvoir faire de la voile et le Code Zéro est de sortie. Tant pis si la moyenne baisse, nous allons tenir notre empreinte carbone !


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